L'accessibilité et l'inclusion numérique : les bases

accessibilité numériqueinclusion numérique

Publié le 18 novembre 2021

Découvrez le premier épisode de notre série sur l'accessibilité et l'inclusion numérique : les bases ! Des experts et expertes sur le sujet vous aident à saisir l'importance de prendre en compte ces enjeux. Car nous sommes toutes et tous concernés... bien plus qu'on ne le croit !

Hippo'dcast [FOCUS HUMAIN - ACCESSIBILITÉ ET INCLUSION] - épisode 1
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Plan :

Episode 1 : les bases de l’accessibilité et l’inclusion numérique

Retranscription de l’épisode 1 sur l’accessibilité et l’inclusion web

  1. Introduction
  2. Définition de l’accessibilité numérique
  3. Personnes touchées par l’accessibilité web et problématiques rencontrées
  4. Chiffres sur l’accessibilité numérique
  5. L’importance de prendre en compte les problématiques d’accessibilité et d’inclusion
  6. Nuances entre accessibilité et inclusion
  7. Chiffres pour illustrer les enjeux de l’inclusions
  8. Personnes touchées par les problématiques d’inclusion
  9. Différence entre inclusion et intégration
  10. Solutions et leviers d’accessibilité et d’inclusion web
  11. Conseils pour intégrer des personnes en situation de handicap à ses tests utilisateur
  12. Outils pour encourager l’inclusion
  13. Les intérêts de s’investir pour plus d’accessibilité et d’inclusions
  14. Conclusion

 

Episode 1 : les bases de l’accessibilité et l’inclusion numérique

Voici le premier épisode de notre enquête sur l’accessibilité et l’inclusion web. Une série de podcasts réalisée par Lili et Marine, nos deux acolytes du pôle communication.

Elles ont interviewé des pointures sur le sujet :

 

Cet épisode nous a permis de poser les bases de l’accessibilité et l’inclusion pour mieux en saisir les enjeux, et donc les leviers.

Bonne écoute !

 

 

Retranscription de l’épisode 1 sur l’accessibilité et l’inclusion web

Dans un soucis de répondre aux besoins des personnes malentendantes, sourdes ou simplement avec une préférence pour les supports écrits : voici le script du podcast.

Ben oui, faire un podcast sur l’accessibilité web, sans le retranscrire, ça serait quand même dommage.


 

Hippo’dcast, un podcast qui vous plonge dans nos enquêtes sur l’éthique en entreprise et sur le web.

 

Réalisé avec bienveillance par Lili et Marine de l’agence web Hippocampe, une agence en pleine transition éthique.


Introduction

Marine [00:00:20]

Tous les trois mois, on explore une nouvelle initiative éthique que l’on veut mettre en place dans l’agence.

L’occasion de sensibiliser et de se former pour accélérer notre transition éthique. Et quoi de mieux pour se former que de faire intervenir des expertes et experts passionnés par ces différents sujets?

Vous aussi, vous voulez rendre vos pratiques plus éthiques. Alors, plongez avec nous dans l’enquête.

On vous embarque dans nos rencontres et nos échanges à travers une série de podcasts qui vous accompagnent au cœur de nos enjeux éthiques. De quoi vous inspirer avec des solutions concrètes pour votre activité professionnelle.

Ce trimestre, on plonge dans l’accessibilité et l’inclusion sur le web. On mène l’enquête pendant trois mois pour creuser et approfondir les différents enjeux sur le sujet. Qu’est ce qu’on a tiré de ces échanges ? Qu’est ce qu’on va appliquer concrètement à l’agence ? Qu’est ce que vous pourriez mettre en place dans votre activité ?

On vous laisse découvrir tout ça dans cette série de cinq épisodes sur l’accessibilité et l’inclusion web. On espère qu’elle vous sera utile pour rendre vos pratiques professionnelles et numériques plus inclusives.

 

Les bases de l’accessibilité et de l’inclusion numérique

Lili [00:01:22]

Bonjour à toutes et à tous. Dans cet épisode, on rentre en douceur dans l’accessibilité et l’inclusion numérique en posant les bases. Qu’est ce que ça veut dire ? Qu’est ce que ça implique d’être accessible sur le web ? Y a t il une différence avec l’inclusion, et surtout, quels sont les enjeux que ça représente pour les entreprises ?

Dans ce premier épisode, nous sommes accompagnés de Nicolas Karasiewicz, éveilleur de conscience, conférencier et consultant en stratégie et diversité. Chloé Beghin, consultante et formatrice indépendante en accessibilité numérique, experte certifiée Opquast. Fernando Pinto da Silva, chargé de mission stratégie numérique dans la Fédération des aveugles et amblyopes de France, mais aussi animateur de la Commission numérique et conception universelle. Et enfin, Natacha Blazquez y Gomez, cheffe de projet web et consultante en marketing digital, et cofondatrice de l’association Product for Good.

Vous êtes bien installés et installées ? Alors, c’est parti !

Plongez avec nous dans les débuts de notre enquête sur l’inclusion et l’accessibilité numérique.

 

Définition de l’accessibilité numérique

Lili [00:02:27]

Pour bien commencer cette enquête, on avait besoin d’une définition de l’accessibilité. Chloé et Fernando nous ont éclairées sur ce point.

 

Chloé [00:02:41]

Pour moi, l’accessibilité numérique, c’est faire en sorte de permettre à toutes et tous, surtout aux personnes en situation de handicap, de pouvoir percevoir, comprendre, naviguer, interagir, contribuer en totale autonomie avec le web, le mobile ou n’importe quel outil digital.

L’essentiel, je trouve dans cette définition, c’est le fait que tout ça puisse se faire en totale autonomie, que les personnes, quel que soit leur situation, quel que soit leur contexte d’utilisation, puissent utiliser, naviguer, consulter les outils numériques en totale autonomie, sans devoir demander de l’aide à quelqu’un.

Ce qui est malheureusement actuellement le cas très souvent, puisque beaucoup de personnes peuvent se retrouver totalement bloquées dans leur navigation, dans leurs démarches et donc ont besoin d’aller demander autour d’elles.

Donc l’accessibilité numérique vient vraiment résoudre cette problématique, ce blocage là.

 

Fernando [00:03:54]

Dit autrement, de la même façon qu’on parle d’accessibilité pour le cadre bâti pour qu’une personne qui est en fauteuil roulant puisse accéder à un bâtiment, pour que quelqu’un qui circule avec une poussette puisse accéder à tel ou tel édifice, eh bien, c’est exactement le même principe, mais transposé au niveau numérique.

 

Lili [00:04:13]

Effectivement, on observe que les besoins d’accessibilité ont évolué ces dernières années. Nicolas le résume très bien.

 

Nicolas [00:04:21]

On voit depuis quelques années que l’accessibilité, en fait, de base, c’était essentiellement centré sur l’accessibilité physique, donc plutôt orientée vers la question des bâtiments. Et aux vues des évolutions de la société, on se tourne de plus en plus vers l’accessibilité numérique.

Et selon moi, en fait, l’accessibilité c’est finalement cette capacité de donner accès aux mêmes outils, aux mêmes produits, aux mêmes services, aux mêmes solutions, quel que soit son besoin spécifique. On parle de handicap ou pas.

Aujourd’hui, on doit être en capacité, en fonction de son besoin, qu’on soit malvoyant ou non-voyant, sourd ou malentendant, dyslexique, ou qu’on ait simplement des difficultés d’utilisation avec son ordinateur, eh bien on va tous et toutes avoir accès à la même chose sur le Net.

 

Personnes touchées par l’accessibilité web et problématiques rencontrées

Lili [00:05:22]

Grâce à Natacha, on a pu réaliser que l’intention de Tim Berners-Lee, qui n’est autre que l’inventeur du World Wide Web tel qu’on le connaît, c’était vraiment de rendre accessibles les services du web à toutes et tous les usagers dès la création d’Internet.

Malgré cette vision inclusive et altruiste, on est loin du compte aujourd’hui.

Pour mieux comprendre le décalage entre l’intention de Tim Berners-Lee et la réalité d’aujourd’hui, on a voulu savoir qui était concrètement les personnes touchées. Qui est concerné par ces enjeux d’accessibilité, finalement ? Chloé, Fernando et Natasha nous l’expliquent.

 

Chloé [00:05:55]

Alors, pour l’accessibilité numérique, ça va en premier lieu toucher les personnes en situation de handicap.

Il y a différentes typologies de handicap. Il y a tout ce qui va être handicap moteur, tout ce qui va être handicap sensoriel, perte complète ou partielle de la vue, perte complète ou partielle de l’audition, sachant que ça prend tout un tas de formes différentes.

Par exemple pour la vue, on va avoir des personnes qui vont voir flou, des personnes qui vont pas voir du tout, des personnes qui vont avoir des taches, par exemple, ou qui ne vont pas percevoir les couleurs de la même manière.

Pour les problématiques au niveau de l’audition, ça va être soit une perte complète de l’audition, soit une perte partielle. Des personnes, par exemple, qui vont avoir des acouphènes, des personnes qui vont avoir des difficultés à entendre quand il y aura beaucoup de bruit autour. Par contre, quand elles seront justes avec une personne, il y aura aucun problème.

Il faut bien comprendre que c’est très varié.

Vous avez aussi tout ce qui est troubles cognitifs, notamment tout ce qui est trouble DYS. Dans les DYS, il y a tout ce qui est dyslexie, dyspraxie, dyscalculie.

Voilà, donc quand on fait de l’accessibilité numérique, il va falloir s’intéresser à toutes ces personnes.

À savoir que l’accessibilité numérique va aussi avoir des bénéfices pour d’autres personnes qui seraient par exemple en situation de handicap temporaire. Donc là, ce sont des personnes qui, par exemple, ont un problème moteur à un moment donné, parce qu’elles se sont cassé le bras, parce que malheureusement, elles vieillissent.

Et donc, on sait que malheureusement, avec le vieillissement, on a des pertes, qu’elles soient motrices ou cognitives.

Donc l’accessibilité va aussi servir à toutes ces personnes-là.

Elle s’adresse d’abord aux personnes en situation de handicap. Mais évidemment, toutes les personnes qui sont en handicap temporaire vont aussi bénéficier de ce qu’on va pouvoir faire quand on travaille autour de l’accessibilité numérique.

 

Fernando [00:08:17]

Les publics auxquels on pense quand on parle d’accessibilité numérique, ce sont les personnes en situation de handicap visuel. Parce qu’une interface mal pensée va avoir des contrastes par exemple, qui ne vont pas permettre à une personne malvoyante de discriminer rapidement quels sont les contenus qu’elle va vouloir lire ou ne pas lire.

Ce sont les personnes aveugles également, parce que si le site est mal structuré, on ne va pas pouvoir naviguer dessus.

Si on a des images sur lesquelles on doit cliquer pour déclencher des fonctionnalités, que ces images s’appellent x24_25_26.jpg, eh bien ça ne dit pas ce que ça veut faire, si je clique sur cette image. Donc j’ai besoin d’avoir ce qu’on appelle un texte alternatif lié à cette image, qui peut être, par exemple, intitulé « Envoyer un message ».

Et donc, quand je vais circuler avec mon aide technique, en l’occurrence un lecteur d’écran, la synthèse vocale qui est associée à ce lecteur d’écran ou l’afficheur braille qui peut être connecté au travers de ces lecteurs d’écran, va m’indiquer « Envoyer un message » et ne va pas me dire x24_25_26.jpg.

Donc, il y a le handicap visuel, mais ça va bien au-delà en fait. Ce sont les publics en situation de handicap moteur également, parce qu’on va avoir la difficulté à manipuler une souris, par exemple. Donc, si on a des interfaces qui peuvent nous éviter de scroller à l’horizontal ou en vertical, c’est quand même appréciable.

C’est aussi le fait de prendre en compte des gens qui ont des handicaps cognitifs. Donc avoir des textes plus ramassés qui aillent plus directement au message.

C’est aussi penser aux personnes sourdes et malentendantes. Parce que si j’ai des vidéos et que je n’ai pas de transcription écrite, une personne sourde ne va pas avoir accès à ce qui est dit dans la vidéo, par exemple.

Donc pensez à la transcription écrite et même aussi à une traduction en langue des signes française. Parce que, contrairement à une certaine idée reçue, tous les publics sourds ne savent pas lire. Il y a des publics sourds pour qui la langue maternelle, c’est la langue des signes.

Et donc, du coup, ne pas envisager de proposer des vidéos signées, donc interprétées en langue des signes, c’est ne pas permettre à une partie des publics sourds profonds d’accéder à l’information.

Tout ça, et bien plus encore, c’est ce que recouvre l’accessibilité numérique.

 

Natacha [00:11:18]

On a donc les personnes en situation de handicap physique ou moteur, mais on a aussi les utilisateurs âgés qui peuvent utiliser l’accessibilité du web pour pouvoir accéder à des contenus auxquels ils n’auraient sinon pas accès.

Normalement, on a les utilisateurs avec un handicap temporaire, par exemple avec un bras cassé à un moment donné ou suite à une opération des yeux. Voilà, c’est vraiment un handicap temporaire qui va ensuite changer, mais qui peut durer plusieurs semaines ou même plusieurs mois.

On a aussi ce qu’on appelle les handicaps situationnels. Et ça, ça peut concerner même vous et moi. Par exemple, à un moment donné, on est dehors, on veut avoir une information, mais en fait, on a trop de luminosité et finalement, les contrastes de l’application mobile font qu’on n’arrive pas à lire ce qu’il y a sur notre téléphone. Donc, ça touche aussi ce handicap situationnel.

On a les utilisateurs avec une connexion Internet un petit peu lente. Et ça peut aller aussi un petit peu plus loin, avec l’écriture inclusive, qui touche donc les femmes, mais aussi les personnes non binaires, les personnes trans.

 

Chiffres sur l’accessibilité numérique

Lili [00:12:41]

Maintenant qu’on a en tête les personnes concernées, on peut se demander qu’est ce que ces problématiques d’accessibilité représentent en termes de chiffres. Nicolas et Chloé ont fait le compte.

 

Chloé [00:12:57]

Alors, il faut savoir qu’en France, on estime à peu près à 20% le nombre de personnes en situation de handicap, soit à peu près 13 millions de Français. Ça monte à 26 millions quand on prend en compte le handicap temporaire. Et dans ces 13 millions cités juste avant, ça va être vraiment toutes les personnes qui sont officiellement reconnues en situation de handicap.

Sachant que dans les situations de handicap, ça peut être très varié. Et donc, il y a des personnes qui, par exemple les personnes qui ont des troubles DYS comme la dyslexie, ne vont pas toujours être détectées.

Et donc, forcément, elles ne vont pas faire partie de ces chiffres officiels. Ou, parce que la société a ce regard là, elles ne vont pas considérer qu’elles sont en situation de handicap, et donc ne vont pas faire les démarches pour se déclarer officiellement en situation de handicap.

Donc vraiment, ce chiffre de 13 millions de personnes en situation de handicap officiel, il faut se dire que c’est potentiellement beaucoup plus important. Dans le monde, on estime que c’est une personne sur sept. Ça c’est l’OMS qui estime que dans le monde, il y a une personne sur sept qui est en situation de handicap.

Donc, ça monte à 26 millions de Français, si on prend en compte le handicap temporaire. Dans les chiffres, il faut savoir également qu’un Français sur trois aura plus de 60 ans en 2035. On le disait tout à l’heure, avec l’âge on perd malheureusement un peu de notre vue, on perd un peu de notre audition, etc. Donc, si en 2035, on a une personne sur trois qui a plus de 60 ans, ça veut dire que l’accessibilité numérique aura un impact positif pour elles et l’inclusion aura un impact positif pour toutes ces personnes qui, à l’heure actuelle, ont aux alentours de 40, 45, 50 ans et qui utilisent l’outil numérique, le digital au quotidien. Ce n’est pas parce qu’elles auront plus de 60 ans qu’elles ne voudront plus utiliser ces outils.

Je trouve ce chiffre intéressant et important à connaître parce qu’effectivement, 15 ans, c’est dans pas très longtemps mine de rien. Donc toutes les personnes qui sont actuellement en train de se former, toutes et tous les futurs professionnels du web, de la communication digitale vont avoir ces personnes dans leurs utilisateurs au quotidien. Donc, pour moi, c’est très important d’y penser déjà et de le prendre en compte dès maintenant.

Également un point important dans les quelques chiffres à donner, peut-être, c’est que 80% des handicaps sont dits invisibles.

Quand on imagine une personne handicapée, on voit très souvent une personne en fauteuil roulant ou une personne avec une canne blanche parce que c’est effectivement ce qui se voit le plus. C’est d’ailleurs le pictogramme du handicap, la personne en fauteuil roulant.

Mais il y a énormément de déficiences qui ne sont pas visibles. Vous prenez une personne dyslexique, une personne daltonienne, une personne qui souffre d’une grave dépression, par exemple. Tous ces cas-là ne se voient pas forcément. De la même manière, une personne ayant des troubles du spectre autistique, suivant le niveau, on peut tout à fait ne pas du tout le voir. Pour autant, ça va handicaper la personne. Ça va beaucoup la déranger dans son quotidien, mais de l’extérieur, on peut ne pas le voir.

On peut avoir des personnes en situation de handicap autour de nous, parmi nos collègues, nos amis, sans même s’en rendre compte. Donc, c’est très important d’en avoir conscience. Parce qu’en fait, la proportion de personnes en situation de handicap est beaucoup plus importante que ce que l’on peut percevoir.

 

Nicolas [00:17:11]

Aujourd’hui, à l’échelle mondiale, c’est à peu près 15% de la population [qui est considérée comme en situation de handicap ou à mobilité réduite]. Même si on a beaucoup de mal à obtenir des datas précises sur le sujet.

Si on zoome un petit peu pour vous donner mon exemple : moi, je suis déficient visuel depuis la naissance. Le nombre de déficients visuels aujourd’hui en France c’est 2 millions de personnes, c’est-à-dire 3% de la population est concerné aujourd’hui par une déficience visuelle. Donc le fait d’avoir une acuité visuelle limitée, voire finalement la cécité totale.

Ces chiffres-là, on sait qu’ils vont évoluer, et pas forcément dans le bon sens.

En tout cas, c’est ce que nous disent les scientifiques. Par exemple, d’ici 2050, on le dit au moment où on se parle, il y aura deux fois plus de déficients visuels dans notre pays et on aura à peu près 650 millions de déficients visuels à travers le monde.

Donc ce n’est pas un enjeu simplement social ou sociétal. C’est de se dire qu’aujourd’hui, il y a aussi un enjeu économique. Parce qu’avant d’être aveugles ou en situation de handicap, on est des clients potentiels. Et donc, ces chiffres-là, c’est pas juste pour dire, il faut le faire parce qu’on va se donner bonne conscience. Il y a une vraie approche, en tout cas de marché, vis-à-vis de ce public-là.

Si les entreprises aujourd’hui ne prennent pas conscience de ça, forcément, on ne pourra pas utiliser les produits, les services ou les solutions en question. Et aujourd’hui, il y a plus de 90% des sites Internet français qui sont soit inaccessibles, soit partiellement inaccessibles. Ça, c’est tous secteurs confondus.

Si je fais un focus, par exemple, sur le secteur public, aujourd’hui, on a un peu plus de 30% des démarches administratives qu’on peut faire en France [qui sont inaccessibles ou partiellement inaccessibles]. [Des démarches comme] aller sur le site de la Sécurité sociale, des allocations familiales, sur le site des impôts. Donc 30%, c’est déjà mieux que les chiffres que j’évoquais tout à l’heure. Mais il y a encore beaucoup, beaucoup de chemin.

 

L’importance de prendre en compte les problématiques d’accessibilité et d’inclusion

Lili [00:19:41]

Ces chiffres nous ont permis de saisir l’importance cruciale de prendre en compte les problématiques d’accessibilité et d’inclusion.

Pour celles et ceux plus difficiles à convaincre, Fernando devrait y parvenir

 

Fernando [00:19:52]

Prendre en compte l’accessibilité et l’inclusion, c’est déjà s’assurer que l’ensemble des publics accède aux interfaces qu’on développe.

Dire qu’on ne va pas les prendre en compte, c’est comme si vous disiez : « Je suis en train de faire une interface, un site web, une application mobile, mais bon, c’est pas grave si tout le monde n’y accède pas. Je vais me contenter que de celles et ceux qui accéderont. Et puis le reste, si c’est seulement 25% de la population ou une personne sur quatre, c’est pas grave, on fera avec ».

Donc pour moi, l’importance elle est là.

On est d’accord que lorsqu’on édite un service numérique quel qu’il soit, ce qu’on veut c’est que les gens viennent, et à priori le plus grand nombre. Et donc, si on veut que le plus grand nombre puisse venir, il faut faire en sorte que ça respecte les principes d’accessibilité numérique en termes de conception et, plus largement, d’inclusion pour permettre à des gens qui sont plus loin du numérique, qui sont peut être aussi dans l’illectronisme, d’avoir accès à ces mêmes interfaces.

Donc, l’importance pour moi est fondamentale, en ce sens que ne pas respecter les principes d’accessibilité numérique, et plus largement, d’inclusion, c’est de toute façon se couper d’une part non négligeable du public qu’on vise en publiant un service numérique.

 

Lili [00:21:13]

C’est de l’exclusion, quoi !

 

Fernando [00:21:18]

Ne pas prendre en compte l’accessibilité numérique et plus largement l’inclusion, c’est effectivement de toute façon exclure des publics en ne leur permettant pas de pouvoir y accéder dans de bonnes conditions.

 

Lili [00:21:33]

Prendre en compte l’accessibilité, d’accord. Mais pourquoi prendre en compte l’accessibilité sur le web ? Natacha nous donne quelques chiffres pour saisir les enjeux numériques de ces problématiques.

 

Natacha [00:21:44]

Effectivement, j’ai quelques chiffres.

C’est vrai que là, on va parler de l’accessibilité pour les personnes handicapées, mais après on va voir que l’accessibilité n’est pas un enjeu uniquement pour les personnes avec un handicap.

Il faut savoir qu’aujourd’hui, il y a vraiment des millions de personnes dans le monde, si ce n’est en France qui souffrent d’un handicap. Rien qu’en France, par exemple, on est à 2,3 millions de personnes avec une déficience motrice, 5,2 millions avec une déficience auditive. Et finalement, toutes ces personnes-là, elles utilisent Internet. On est quand même aujourd’hui à 60% des gens qui utilisent Internet.

On a quand même en 2022, 60% des emplois vont nécessiter d’avoir accès à Internet et nécessitent justement d’avoir une bonne utilisation d’Internet. Donc, finalement, si on ne prend pas en compte l’accessibilité et l’inclusion sur le web, qu’est ce qu’on fait de toutes ces personnes-là ? Parce que finalement, l’inclusion elle va un petit peu plus loin.

Enfin, l’inclusion, c’est finalement sociétal. L’inclusion digitale est le prolongement de l’inclusion sociétale. Et c’est ça qui est intéressant. C’est justement pour ça qu’on ne peut pas laisser tout un pan de notre société de côté.

 

Lili [00:23:14]

Une fois que nous avons intégré toutes ces informations, il nous a paru complètement fou de voir que la plupart des acteurs et actrices économiques ne prennent pas en compte l’accessibilité. Fernando à une explication.

 

Fernando [00:23:25]

En réalité, c’est fou et ce n’est pas fou.

Ça traduit aussi une forme de méconnaissance de ce que permet le numérique pour les personnes en situation de handicap. Soit on ne se pose pas la question parce que la personne est là, elle travaille, elle fait son job, elle le fait bien et du coup, finalement, son handicap est devenu presque transparent pour l’entité entreprise. Et on ne se pose pas la question, comme on ne se la pose pas pour les autres, en fait.

Donc, ça traduit peut être aussi la bonne santé morale de l’équipe, qui considère ce collaborateur, cette collaboratrice, comme n’importe qui. Mais dans le même temps, ça traduit aussi, effectivement, je pense, un défaut de sensibilisation.

En particulier des équipes techniques en place qui, souvent, font les choix techniques pour les entreprises et ne considèrent pas cette accessibilité numérique simplement parce qu’on ne leur a pas enseigné ça. Et ça c’est un défaut, pour le coup, que l’on pointe régulièrement. C’est que dans les formations, qu’elles soient initiales, qu’elles soient continues, que ce soit les formations de la deuxième chance ou tout au long de la vie, l’accessibilité numérique n’est pas enseignée dans les écoles, ou très peu.

On a là quelque chose, à mon avis, qu’on devrait faire collectivement évoluer. Considérer l’enseignement de cette accessibilité numérique, au même titre que l’on parle de sécurité dans les cursus, que l’on parle de confidentialité, de RGPD, etc. Donc considérer ça.

Il faut qu’on en parle dans les formations qui mènent aux métiers du numérique pour que, du coup, si ce n’est pas un réflexe, [que ce soit] au moins une attention à un moment donné, de se dire : « Attends, mais j’ai un collaborateur qui fait ça comme ça ou j’ai une collaboratrice qui elle, va utiliser tel type d’outil pour accéder à telles ressources. Si on fait une mise à jour vers telle autre ressource, est ce que je sais si c’est accessible ou pas ? etc ».

Et c’est ça que ça traduit en fait. Ça peut paraître absurde de se dire qu’une entreprise n’y pense pas. Mais si elle n’y pense pas c’est sans doute aussi parce que les gens qui traitent la question du numérique au sein de ces structures, n’ont eux-mêmes jamais été sensibilisés à cette question-là, dans leur formation en réalité.

 

Nuances entre accessibilité et inclusion

Lili [00:25:50]

Quand on parle d’accessibilité, on parle nécessairement d’inclusion. Ce sont deux concepts très liés et presque interdépendants. Pour y voir plus clair, on s’est demandé quelles étaient les nuances entre ces deux termes. Fernando, Chloé et Nicolas font le point.

Fernando [00:26:07]

L’inclusion c’est faire ce qu’il faut, dès le départ, pour que chacun [et chacune], avec nos particularités, nos besoins, nos individualités, on puisse faire partie de la société sans avoir à se justifier de ce qu’on est.

Donc, on a déjà largement parlé de l’accessibilité numérique, je ne vais pas revenir là dessus. Mais pour moi, l’inclusion recouvre nécessairement tous ces enjeux parce qu’aujourd’hui, on doit pouvoir se sentir inclus [et inclus] dans le tout que représente la société sans avoir à quémander à un moment donné, qu’on respecte ce qu’on est. Parce que ça n’a pas été conçu convenablement.

Et l’inclusion, pour moi dans ma définition peut-être un peu personnelle telle que je la délivre aujourd’hui, c’est ça. C’est de faire en sorte qu’au moment où l’on conçoit quelque chose, on prenne toutes les dispositions nécessaires pour permettre à chacun [et chacune], si il [ou elle] le souhaite, de pouvoir bénéficier d’un service, d’une offre, qu’elle soit sans préjugé de ce qu’elle est, de sa condition de santé, de son environnement, de son sexe, de sa religion ou de lui permettre simplement de pouvoir interagir.

 

Chloé [00:27:31]

Pour moi, l’inclusion va être plus large que l’accessibilité. L’inclusion va toucher plus de personnes.

L’inclusion ne va pas s’adresser uniquement aux personnes en situation de handicap.

Elle va s’adresser vraiment à beaucoup plus de monde. En fait, ce qu’il faut comprendre, c’est que quand on conçoit des interfaces numériques, des interfaces digitales, on va toujours s’adresser à des personnes qui nous ressemblent.

Très souvent automatiquement en tant que professionnel [ou professionnelle], on va s’adresser à des personnes qui vont avoir en moyenne entre 25 et 40 ans, qui vont être plutôt caucasiennes, plutôt des hommes, parce que dans la tech, on retrouve majoritairement des hommes.

Et tout ça, en fait, ça donne des biais qui font que notre conception va s’adresser beaucoup plus à ces personnes-là et qu’on va oublier finalement toutes les autres personnes qui utilisent l’outil numérique.

Et donc le principe de l’inclusion, c’est en grande partie ça. C’est regarder tous les contextes d’utilisation qu’il peut y avoir.

Et il y a énormément de contextes d’utilisation différents. Donc l’inclusion, c’est observer tout ce qu’il y a autour de nous, qu’on n’a pas forcément l’habitude de pratiquer, l’habitude de voir, parce que ce n’est pas notre quotidien.

Le premier outil de l’inclusion, c’est l’empathie.

 

Nicolas [00:28:58]

Alors, ces deux notions sont très liées.

L’inclusion, c’est la thématique un peu chapeau. On l’entend depuis quelques années, puisque dans l’inclusion, on va retrouver finalement des questions d’inclusion sociale, d’inclusion parfois géographiques, en fonction de telle ou telle situation.

Dans tous les cas, qu’on parle d’accessibilité ou d’inclusion, la vraie question, c’est le besoin spécifique.

C’est-à-dire que l’accessibilité, elle va vraiment être centrée plutôt sur la question du handicap. Avec des handicaps, qu’ils soient physique, sensoriel, psychique, intellectuel ou cognitif. [Avec] l’inclusion on va être par exemple sur des notions liées à l’illectronisme ou cette incapacité que vont avoir certaines personnes à ne pas pouvoir avoir accès au numérique en fonction, soit du secteur géographique où ils habitent, soit de leurs compétences en matière d’informatique et de numérique, etc.

Et c’est là aujourd’hui où, finalement, l’accessibilité pour moi est des axes de l’inclusion, mais qui ne doit pas être complètement diluée. Et c’est pour ça qu’il faut bien distinguer les deux.

 

Lili [00:30:14]

Vous l’aurez compris, la frontière reste très mince entre ces deux concepts. Fernando et Natacha considèrent l’inclusion et l’accessibilité comme intrinsèquement liées.

 

Fernando [00:30:24]

Pour moi, l’accessibilité numérique et l’inclusion sont deux sujets qui, en réalité, sont la même question. C’est-à-dire que j’ai du mal à imaginer l’inclusion sans accessibilité numérique.

Pour moi, l’accessibilité numérique, c’est nécessairement une des composantes de l’inclusion numérique. On ne peut pas prétendre à une forme d’inclusion numérique si on ne fait pas de l’accessibilité numérique.

Pourquoi je dis ça ? Parce que si le propos de l’inclusion, c’est de servir l’ensemble des populations qui vont vouloir ou devoir accéder au numérique, on ne peut pas passer à côté de 20% de la population qui a besoin d’accessibilité numérique. C’est un ordre de grandeur qu’on retrouve un peu partout.

C’est-à-dire : une personne sur cinq a besoin que l’accessibilité numérique soit respectée dans la conception des interfaces pour permettre à l’ensemble de la population de pouvoir y accéder. Donc, quelque part, pour le dire encore autrement, l’accessibilité numérique, pour moi, c’est l’une des facettes de l’inclusion numérique.

Pour moi, c’est tellement lié que les bénéfices de l’accessibilité numérique vont nécessairement toucher les gens qu’on imaginerait plutôt dans l’inclusion. Mais si, par exemple, [on prend] des contenus rédigés en facile à lire et à comprendre, qui est aussi une des composantes de l’accessibilité numérique.

Il est évident que, par exemple, pour des publics allophones, le français n’est pas la langue première et qu’on va plus naturellement rattacher, on va dire, aux problématiques liées à l’inclusion. Et bien il est évident que là, le facile à lire et à comprendre va faciliter, comme son nom l’indique, la compréhension de ces contenus rédigés pour des publics dont le français n’est pas la langue première.

Donc, c’est pour ça que pour moi, la relation entre accessibilité numérique et inclusion est très forte.

C’est-à-dire que ne pas prendre en compte l’accessibilité numérique au moment de la conception d’un service. C’est de toute façon ne pas répondre convenablement aux enjeux posés par l’inclusion numérique.

 

Natacha [00:32:44]

Pour nous, l’accessibilité, c’est vraiment la base d’une société inclusive.

En fait, l’inclusion en tant que telle cherche à transformer la société dans le sens où tous les individus qui font partie de notre société ou même des sociétés plus petites, on va dire la société digitale, c’est vraiment se transformer pour faire que tous les individus puissent y accéder sans souci.

Et l’accessibilité, en fait, elle permet ensuite que la société devienne inclusive. Par définition, l’accessibilité est inclusive parce que c’est l’accessibilité qui va permettre d’avoir une société inclusive.

 

Marine [00:33:21]

Un peu comme l’environnement et l’écologie en fait.

 

Natacha [00:33:24]

Exactement ! En fait, c’est différent et pourtant, ça se rejoint à un moment donné. L’un ne va pas sans l’autre. On peut être accessible et pourtant, ne pas être totalement inclusif. Mais on ne peut pas être inclusif sans être accessible.

 

Lili [00:33:43]

L’un des principaux enjeux de l’inclusion, c’est de faire évoluer les normes, comme nous le rappelle Natacha.

 

Natacha [00:33:50]

La normalité, en fait, c’est faire que tout le monde ait accès à cette nouvelle norme. Faire en sorte qu’il n’existe plus de normalité, tout simplement. Et ça, c’est ce qui serait [le mieux à] faire.

C’est juste qu’effectivement, aujourd’hui, c’est un peu compliqué. On est encore dans une société très normée. On est encore vraiment dans ce schéma-là. Et c’est faire en sorte de pousser au maximum et peu à peu, justement, les frontières de cette normalité jusqu’à ce qu’on ait plus de normalité.

 

Lili [00:34:28]

En gros, c’est faire évoluer la norme pour intégrer tout le monde, quoi.

Qu’il n’y ait pas des laissés pour compte et des gens que l’on n’intègre pas dans les pratiques du web, juste parce qu’ils ne rentrent pas dans une norme édifiée par on ne sait pas trop qui, on ne sait pas trop quand.

 

Chiffres pour illustrer les enjeux de l’inclusions

Lili [00:34:45]

Pour mieux saisir les enjeux de l’inclusion, on s’est aussi intéressées aux chiffres. On laisse la parole à Chloé.

 

Chloé [00:34:52]

Quelques petits chiffres au niveau de l’inclusion.

Il faut savoir qu’en France, il y a 13% des français [et françaises] qui ne possèdent pas de connexion Internet chez eux.

On a 12% des français [et françaises] qui ne sont jamais connectés à Internet.

On a 19% de personnes qu’on dit abandonnistes. Ce sont des personnes qui vont avoir des difficultés ou qui ont renoncé à faire des démarches parce qu’il fallait utiliser le web.

Et enfin, surtout, on a 40% de la population française qui n’est pas autonome avec le numérique, qui n’est pas autonome dans son usage du numérique.

 

Personnes touchées par les problématiques d’inclusion

Lili [00:35:32]

Dans une société en pleine numérisation massive, on trouve ces chiffres assez frappants. Pour ne pas dire alarmants. Ils prouvent encore plus l’importance de prendre en compte ces problématiques.

Maintenant qu’on y voit plus clair sur l’inclusion et ses enjeux, on a voulu savoir qui sont les personnes impliquées et les situations concrètes qu’elles rencontrent. Bref, de quoi comprendre les défis posés par l’inclusion.

On laisse Chloé et Natacha vous en dire plus.

 

Chloé [00:36:00]

Vont être concernées par l’inclusion, les personnes en situation de handicap, les seniors. Très étonnamment, enfin ça peut peut-être étonner certaines personnes, les digital natives.

Pourquoi ? Parce que les digital natives sont souvent habitués à utiliser, par exemple, tout ce qui est réseaux sociaux. Par contre, dès qu’on va leur demander de faire des démarches en ligne un peu plus complexes, des démarches administratives notamment, là, ils seront un peu perdus. Ce ne sont pas des choses qu’ils ont l’habitude de pratiquer, et donc ils seront un peu perdus.

Vous avez aussi les familles monoparentales qui, de la même manière, ont beaucoup de démarches à faire et qui leur demandent d’utiliser des outils numériques assez complexes. Et quand on est une famille monoparentale, quand on est seul [ou seule] à s’occuper de son enfant, c’est vrai que passer du temps pour apprendre à utiliser des outils complexes… Malheureusement, on n’a pas ce temps là.

Vous avez bien évidemment toutes les personnes en zone rurale, toutes les personnes qui vont avoir peu de connexion Internet. Toutes les applications et tous les sites qui vont mettre du temps à se charger, pour elles, ça va être d’autant plus problématique. Nous, on s’en rend compte quand on habite en ville. Moi en l’occurrence, j’habite à Bordeaux, mais je pense qu’il y a beaucoup de personnes sur Paris qui peuvent s’en rendre compte quand elles prennent le métro, par exemple. Un site qui est lent, c’est plus compliqué à utiliser quand on n’a pas beaucoup de connexion. Mais ça, c’est le quotidien pour les personnes qui sont en zone blanche, pour les personnes qui sont en zone rurale.

Vous avez aussi tous les usagers des applications métiers complexes qui, malheureusement, très souvent, ne répondent pas aux besoins des utilisateurs et sont assez compliquées à prendre en main.

Et vous avez bien évidemment aussi toutes les personnes réfugiées, les personnes étrangères, les personnes dont le site n’est pas dans leur langue maternelle. Là ils vont avoir besoin, par exemple, pour une personne réfugiée, d’utiliser les outils proposés par la France, notamment pour tout ce qui est titres de séjour, etc. Mais quand on ne comprend pas la langue, ça peut s’avérer très compliqué. Or, quand on pensera à ces personnes grâce à l’inclusion, on va vraiment pouvoir simplifier les choses pour elles, répondre à leurs besoins fondamentaux.

 

Natacha [00:38:26]

Mais il y a un autre type d’inclusion. C’est faire en sorte que tout le monde se sente concerné par les contenus de tout le monde.

Je pense à des trucs tout bêtes. Enfin « tout bête », ce n’est pas vraiment le mot adéquat parce que ce n’est pas du tout bête. On est vraiment encore très, très loin, par exemple, de l’écriture inclusive ou de l’utilisation des pronoms neutres.

Donc, c’est vrai que c’est des éléments qui peut-être ne nous concernent pas aujourd’hui. Par exemple, l’utilisation des pronoms.

Effectivement, si on se définit dans un genre binaire, accepté par la société, donc hommes ou femmes, on ne va pas se dire « voilà, on va mettre notre pronom sur Internet ». Sauf que in fine, le fait que même nous, on mette nos pronoms sur internet, ça va un petit peu banaliser le fait que des gens non binaires puissent se définir aussi en tant que tel. Et sans que cela soit bizarre, tu vois, qu’ils [ou elles] se présentent en donnant leurs pronoms.

Si tout le monde le fait, au bout d’un moment, ça banalise un petit peu tout ça.

 

Lili [00:39:29]

C’est exactement ce qu’on disait tout à l’heure. C’est qu’on ne peut pas participer à faire évoluer la norme pour qu’elle soit plus inclusive. Que ce ne soit pas des minorités ou des personnes en situation d’exclusion qui doivent s’adapter à un système.

C’est plutôt le système et la norme qu’on peut faire évoluer dans ce sens-là.

 

Natacha [00:39:46]

Exactement ! Et c’est comme ça qu’on va être de bons alliés [et alliées]. C’est en continuant à travailler, en continuant à s’informer.

Parce que finalement, ce n’est pas non plus à eux de toujours se battre pour avoir accès à Internet. C’est à nous aussi de faire cet effort-là.

« Nous » parce que justement, on est en majorité. On a accès à l’information et c’est à nous de faire en sorte que tout le monde ait accès à cette information, que tout le monde se sente inclus.

Pour moi, c’est vraiment notre devoir.

 

Différence entre inclusion et intégration

Lili [00:40:20]

Comme le rappelle implicitement Natacha ici : les pratiques d’inclusion sont aussi fortement influencées par l’effet de groupe.

Pour que l’effet de groupe fonctionne et que la tendance soit lancée, il faut des early adopters. Ce sont les personnes qui adoptent en premier une tendance ou de nouvelles pratiques. Ils [ou elles] influencent ainsi d’autres à en faire autant et à s’impliquer pour relever des défis comme celui de l’inclusion et de l’accessibilité, par exemple.

Chacun et chacune peut donc, à son échelle, faire la différence. C’est ensemble que nous réussirons à faire évoluer la norme vers plus d’inclusion. Au fil de nos recherches, nous avons aussi découvert que les notions d’inclusion et d’intégration ne sont pas du tout similaires.

Chloé, Nicolas et Fernando nous expliquent la nuance pour ne pas tomber dans ce piège.

 

Chloé [00:41:07]

C’est une citation du Centre national de documentation pédagogique. Alors, ça s’adresse vraiment, au départ, aux personnes, aux élèves en milieu scolaire.

Du coup, cette citation nous dit : « En France, le terme d’inclusion est parfois assimilé à des pratiques d’accueil qui se limiteraient à placer des élèves handicapés en milieu ordinaire, sans aucune réflexion sur les conditions nécessaires à cet accueil. »

Donc là, l’intégration, c’est simplement : on met la personne avec les autres, mais on ne fait rien de plus.

Alors qu’en Angleterre, c’est plutôt sous le terme d’intégration que l’on désigne cette seule présence physique. Alors que le terme d’inclusion implique une appartenance pleine et entière à la communauté scolaire.

Pourquoi je cite cette citation ? Eh bien là, on voit toute la différence entre ce qui va être l’intégration et l’inclusion. On peut intégrer n’importe qui et le laisser là, et ne rien faire de plus. Ou alors on peut l’inclure et faire en sorte que tout se passe bien pour [lui ou] elle.

Donc, typiquement dans le milieu scolaire, si on prend une personne malentendante, par exemple, ça va être : soit on la met dans la classe avec les autres, et on attend que ce soit la personne qui comprenne ce qui se passe seule. Soit on vient lui apporter une aide, et donc là, on est inclusif. On vient lui apporter une aide. On vient former son instituteur, par exemple, ou son institutrice. On vient lui donner une aide supplémentaire avec une personne qui va être là pour lui permettre de mieux comprendre, de mieux suivre le cours.

Là, on est sur une démarche d’inclusion, et pas juste sur de l’intégration.

 

Nicolas [00:43:08]

Alors, l’intégration, on va prendre un peu de hauteur, parce que finalement, on va sortir un peu du cadre du web.

Aujourd’hui, l’intégration, ça voudrait dire qu’on a deux mondes. On a deux sociétés. On a d’un côté les personnes valides et d’un autre côté, les personnes invalides. Ce qui a longtemps été le cas dans notre société. On va pas se mentir non plus.

Et donc, le fait d’intégrer ces gens-là, de parler d’intégration, c’est presque finalement de dire : « On va essayer de ramener des gens qui étaient sortis du système, qui étaient dans leur bulle, de leur côté, vers le monde des valides ».

La question de l’inclusion maintenant, c’est finalement cette capacité à ouvrir les portes et à se dire qu’il peut y avoir un échange mutuel entre ces deux mondes qui se regardent, qui se parlent probablement pas assez. Et on a déjà amené une évolution, en tout cas dans les mentalités.

Maintenant, l’inclusion, elle implique forcément une exclusion. Et donc, c’est pour ça que moi, aujourd’hui, je parle d’une approche universelle. Parce que dans l’universalité, finalement, ça laisse sous entendre qu’on est tous [et toutes] dans le même bateau, ce qui est le cas aujourd’hui pour moi.

Quand je sors dans la rue, je ne suis pas dans un monde parallèle, même si parfois, j’ai ce sentiment là dans le métro parisien, quand je suis en difficulté.

Mais au-delà de ça, la vraie question, c’est de se dire comment est-ce qu’aujourd’hui on fait pour vivre ensemble et pour partager l’espace ? Ça va de l’espace public dans la rue, comme je l’évoquais juste avant, à l’espace numérique.

Aujourd’hui, il n’y a pas besoin d’opposer [les deux]. C’est pas antinomique ! Par exemple, si je parle de rentabilité, de business, puisque effectivement, c’est le modèle économique de base des entreprises.

Ce n’est pas antinomique avec l’accessibilité parce que avant d’être aveugle, moi je suis un client. Et je suis le premier à faire mes courses sur Internet à partir du moment où on me donne les moyens de le faire. Et c’est le cas également dans le secteur public. Et c’est peut être encore plus parlant de se dire qu’aujourd’hui, c’est une obligation certes, parce qu’il y a des lois.

La première loi sur le handicap, elle date de 1975. C’était Simone Veil à l’époque. Ça fait presque 50 ans et on a fait du chemin, certes. Mais il y a encore beaucoup de choses à faire. Parce qu’il y a besoin de décloisonner ce sujet-là et de se dire « on veut partager l’espace, quel qu’il soit, mais avec une prise en compte de nos besoins spécifiques ».

Et moi, j’ai pas besoin qu’on me fasse un Amazon bis, spécial personnes en situation de handicap ou un Uber dédié aux personnes qui se déplacent uniquement en fauteuil roulant.

Non, il y a aujourd’hui des solutions qui existent pour permettre de partager cet espace.

 

Fernando [00:46:12]

Alors pour moi, intégration et inclusion ont un sens un peu différent, parce que dans les années 90, on parlait beaucoup d’intégration, notamment dans le domaine scolaire. C’est le terme qu’on utilisait quand on souhaitait proposer à un enfant en situation de handicap d’aller dans un établissement standard.

Et ce terme d’intégration, en réalité, il est un peu curieux.

Parce que dans sa charge sémantique, ce qu’il nous dit de vous, c’est « tu vas participer à quelque chose pour lequel, a priori, tu n’étais pas prévu, mais on va t’y intégrer ».

Alors que pour l’inclusion, pour moi en tout cas, la charge sémantique est très différente.

C’est-à-dire qu’elle est de dire « comment je peux d’office inclure l’ensemble des publics pour que, s’ils viennent dans un service, ils se sentent à l’aise ». Et donc, on le voit, les charges sémantiques ne sont pas complètement opposées. Mais en tout cas, il y a des connotations extrêmement différentes.

Et pour moi, du coup, cette intégration-là, je la prends sous un angle très social. Mais en réalité, on a la même chose si on parle du numérique. C’est-à-dire que dire « je vais intégrer tels et tels usages, c’est pas la même chose pour moi que de dire « je vais les inclure dès le départ ».

Il y a une subtilité sémantique, à mon avis, qui est d’importance, au moins dans les termes qu’on utilise.

Je pense qu’après, certains aujourd’hui qui disent « je vais intégrer », font finalement d’une certaine façon un peu d’inclusion. Mais comme je crois quand même beaucoup au pouvoir des mots, il me semble que c’est important de savoir dans quoi on se situe. Et intégrer, pour moi, ce n’est pas la même chose qu’inclure.

 

Solutions et leviers d’accessibilité et d’inclusion web

Lili [00:48:11]

Arriver à ce stade du podcast, vous devriez normalement être toutes et tous convaincus de l’importance de l’accessibilité et de l’inclusion sur le web. Et pas que.

Vous en avez saisi le sens, les nuances et les enjeux. Vous comprenez peut-être un peu mieux les situations que peuvent traverser les personnes concernées.

Maintenant, il s’agit de passer à l’action. La question suivante est donc très simple.

Comment est ce qu’on fait concrètement pour inclure les besoins de tout le monde sur le web ? Natacha nous embarque dans les solutions qu’elles ont mis en place avec son associé pour leur projet Product for Good.

 

Natacha [00:48:47]

Alors, on a développé plusieurs leviers.

On a fait des ateliers notamment pour les futurs acteurs du digital, [dont] plusieurs ont été animés par ma cofondatrice Sophie Audiguier.

En parallèle, on a créé plusieurs jeux. Pour nous, la sensibilisation doit se faire de manière un petit peu ludique. On s’est rendues compte qu’il ne faut pas trop non plus en imposer [aux gens]. Et c’est généralement en faisant comprendre les choses, le pourquoi du comment, que finalement la société peut changer peu à peu. [Vous pouvez d’ailleurs retrouver] ces jeux sur le site Reboot. Vous pouvez les télécharger et ensuite jouer en famille [ou entre amis]. [Vous pouvez les retrouver] sur notre compte Instagram également.

Alors [ces jeux ne portent] pas uniquement sur l’accessibilité. On est sur 4 pans un petit peu différents. Mais vous retrouvez des tips sur comment travailler vers un numérique plus responsable.

 

Lili [00:50:02]

Chloé nous donne des leviers et des règles de l’assurance qualité web pour être plus accessibles et inclusives sur le web.

 

Chloé [00:50:10]

Alors, autant pour l’un comme pour l’autre, il va y avoir plusieurs leviers qui vont être communs.

A mon sens, le tout premier levier en termes d’accessibilité numérique, et c’est un levier qui est absolument essentiel, c’est de tout simplement respecter les référentiels qui existent. Donc, en accessibilité, on a des référentiels internationaux que sont les WCAG, les Web Content Accessibility Guidelines.

Donc, c’est une norme internationale qui va fournir un ensemble de recommandations pour faire des contenus numériques qui soient accessibles. Pourquoi je parle de contenu ? Pourquoi on insiste sur les contenus ? C’est parce que, qu’un site soit accessible, c’est bien.

Par contre, si derrière, la personne ne peut pas consulter, interagir avec les contenus, ça ne servira à rien. Par exemple, vous avez un site accessible qui contient des vidéos qui ne sont pas accessibles, le contenu de la vidéo n’est pas accessible à la personne. C’est pour ça qu’on tient vraiment à parler de contenu.

En France, vous avez un référentiel qui s’appelle le RGAA. Donc le référentiel général d’amélioration de l’accessibilité, qui sert à vérifier la conformité aux WCAG. C’est un référentiel français [qui] compte 106 critères et 335 tests.

Ça nous permet, quand on prend ce référentiel et qu’on regarde tous ces critères, d’aller vérifier si n’importe quel site, n’importe quelle application mobile est accessible ou pas.

Ces référentiels vont porter sur tout ce qui va être design et ergonomie, également sur tout ce qui est fonctionnalités proposées à l’utilisateur, tout ce qui est développement technique et tout ce qui est contenu.

 

Lili [00:52:03]

Pour aller plus loin, Chloé recommande d’intégrer l’accessibilité à l’ensemble de ses pratiques et outils le plus tôt possible.

Elle suggère aussi de mobiliser un panel inclusif dans ses recherches utilisateurs, mais aussi lors des tests utilisateurs.

Ça implique de mobiliser, par exemple, des personnes en situation de handicap non caucasiennes, habitant en zone rurale, etc. Bref, faire en sorte d’avoir des problématiques d’usage les plus variées possible.

Chloé nous explique pourquoi c’est important de le faire.

 

Chloé [00:52:33]

On peut évidemment faire des tests utilisateurs, là aussi en ayant des panels le plus large possible. Puisque ces tests utilisateurs vont nous permettre d’aller encore plus loin justement que l’accessibilité numérique.

Ça va nous permettre vraiment de répondre aux besoins des utilisateurs, notamment des utilisateurs en situation de handicap, qui ont des contextes d’utilisation qu’on à peu l’habitude, nous en tant que concepteurs [et conceptrices], de rencontrer.

Je vous donne quelques exemples.

Les personnes en situation de handicap vont utiliser ce qu’on appelle des technologies d’assistance. Elles vont permettre à ces personnes d’utiliser le numérique, que ce soit le mobile ou le desktop. Ces technologies d’assistance vont vraiment leur permettre d’utiliser les outils qu’on va leur proposer.

Elles ont deux formes ces technologies d’assistance : ça va être soit des aides matérielles, soit des aides logicielles. Vous avez tout un tas d’exemples [comme] tout ce qui est lecteur d’écran. Ils vont vocalement restituer les contenus de la page à l’utilisateur. Vous avez également tout ce qui est loupe d’écran ou zoom d’écran, qui vous permettront de venir grossir les éléments présents sur l’écran d’ordinateur ou de smartphone. Dans les aides que vous pourrez rencontrer, il y a tout ce qui est logiciel d’interaction par commande vocale. Par exemple, un clavier virtuel.

Et vous avez aussi tout un tas d’aides matérielles, comme des claviers adaptés qui permettent par exemple aux personnes qui tremblent de ne pas appuyer sur plusieurs touches en même temps. Vous avez des joysticks, des trackballs qui permettent aux personnes qui, par exemple, auraient des difficultés à bouger leurs membres de n’avoir que les doigts à bouger.

Vous avez aussi des systèmes matériels qui vont permettre aux personnes de naviguer uniquement avec trois boutons, par exemple en utilisant soit leur menton, soit leur langue.

Les contextes d’utilisation peuvent être vraiment très variés avec ces technologies d’assistance. Et donc, c’est là que faire des tests utilisateurs avec des personnes qui utilisent au quotidien ces outils va être super intéressant.

Parce qu’en fait, ils vont pouvoir nous remonter des choses qu’on n’aura pas forcément. Nous, quand on navigue assez basiquement avec notre souris, notre clavier d’ordinateur, notre écran, on ne rencontrera pas forcément les mêmes difficultés.

On n’aura pas forcément la même manière de naviguer.

 

Conseils pour intégrer des personnes en situation de handicap à ses tests utilisateur

Lili [00:55:21]

En tant que personnes valides, on a souvent du mal à imaginer la diversité des contextes d’utilisation sur le web. C’est donc primordial d’intégrer des personnes directement concernées pour concevoir des supports et outils numériques adaptés.

Quand on le fait, il est essentiel d’offrir un cadre optimal à ces tests et aux problématiques d’usage des testeurs et testeuses en situation de handicap.

Chloé nous a donné de précieux conseils pour y parvenir.

 

Chloé [00:55:48]

Par contre, ce qui va être important quand on fait des tests utilisateurs avec des personnes en situation de handicap, ça va être quelques petites choses, quelques petits points d’attention à avoir.

Notamment de faire les tests utilisateurs sur des sites qui sont déjà accessibles, qui répondent déjà aux référentiels d’accessibilité. Parce que sinon, tout simplement, l’utilisateur va vous remonter des bonnes pratiques déjà présentes dans les référentiels.

Essayez également d’avoir un panel d’utilisateurs variés et différents types de handicaps pour que votre panel soit le plus varié possible.

Et surtout, un point extrêmement important, allez à la rencontre des personnes. Allez sur leur lieu de travail ou à leur domicile, par exemple, et utilisez les outils qu’ils ont l’habitude d’utiliser.

Parce que si vous venez leur demander de se rendre dans vos locaux, ils ont à faire tout le chemin, toute la route. S’ils prennent le métro, par exemple, on sait que malheureusement, les bouches de métro sont très peu accessibles. Les bâtiments aussi ne sont potentiellement pas accessibles. Ça met de la difficulté en plus et votre utilisateur risque d’arriver déjà un peu agacé s’il a eu beaucoup de difficultés à se rendre sur le lieu où vous souhaitez faire le test utilisateur. Du coup, ce ne sont pas les meilleures conditions pour un test utilisateur.

Également, utiliser son propre matériel. Parce que la personne aura son propre paramétrage déjà de fait, et donc, vous vous mettez vraiment dans son contexte personnel et vous ne venez pas lui imposer quelque chose qu’il n’a pas l’habitude d’utiliser.

Voilà ce sont quelques petits [conseils] pour faire des tests utilisateurs dans les meilleures conditions possibles avec des personnes en situation de handicap.

 

Outils pour encourager l’inclusion

Lili [00:57:35]

Concernant l’inclusion maintenant, il existe de supers outils pour optimiser vos pratiques en ce sens.

Chloé nous explique.

 

Chloé [00:57:42]

Dans les solutions pour l’inclusion, vous avez un outil qui est très sympa, c’est Microsoft qui l’a fait, c’est le Microsoft Design Toolkit, qui permet de confronter sa conception à tout un tas de contextes différents.

Donc, ça peut être une bonne ressource et notamment, c’est une bonne ressource pour venir sensibiliser les équipes.

Un dernier outil qui va être extrêmement utile pour l’inclusion, c’est l’Assurance Qualité Web.

L’Assurance Qualité Web, c’est notamment un référentiel qui permet de venir répondre aux exigences implicites et explicites fondamentales de tous les utilisateurs. C’est un ensemble de règles [auxquelles] tous les utilisateurs vont avoir besoin qu’on réponde. Je vous donne un petit exemple.

L’une des règles va être qu’on puisse sélectionner le texte des documents PDF. Alors, cette règle va être utile pour plusieurs cas de figure, pour plusieurs contextes d’usage différents. Notamment pour les personnes qui utilisent un lecteur d’écran et qui vont avoir besoin de vocaliser le contenu des documents PDF. Ça va être utile aussi pour toutes les personnes qui vont vouloir faire des copier-coller, récupérer, sélectionner du texte, le copier-coller ailleurs. Pour toutes les personnes qui vont vouloir faire une recherche dans le document. Qui n’a pas déjà voulu faire une recherche dans un document qui fait 50 ou 100 pages quand on cherche une petite information ?

Ça va aussi servir pour tout ce qui est traduction du document, pour plus facilement traduire le document. Ça va servir aussi pour le référencement du document. Faire en sorte que quand on publie un document PDF sur le web, eh bien les moteurs de recherche, les moteurs d’indexation puissent correctement le référencer. Tout ça, on ne pourra pas le faire si le texte du document n’est pas sélectionnable.

Je vous ai cité ces différents exemples. Je vous ai donné l’exemple de personnes en situation de handicap. L’exemple de personnes étrangères ou différents contextes d’usage.

Pour autant, on peut être en situation de handicap et avoir envie de faire un copier-coller, par exemple, ou avoir besoin de traduire le document. Tout ça, ce n’est pas incompatible.

Donc, l’Assurance Qualité Web vient répondre à ces besoins essentiels de tout l’ensemble des utilisateurs. Que ce soit sur ce qu’il se passe sur le site ou sur l’appli, mais aussi sur tout ce qui va se passer avant et après la visite de l’utilisateur.

Pour représenter ça, en Assurance Qualité Web, on a un modèle qui est le modèle VPTCS, pour Visibilité, Perception, Technique, Contenus et Services. Ce modèle nous permet vraiment de représenter l’ensemble de l’expérience utilisateur de nos utilisateurs justement. Il nous permet de voir vraiment tout ce qui va se passer, tous les moments d’interaction que notre utilisateur va avoir avec notre produit, notre service.

Ce modèle VPTCS a été créé en 2001 par Elie Sloïm et Eric Gateau.

C’est vraiment un modèle d’exigence utilisateur qui nous permet de savoir pourquoi on va venir utiliser le site. Et là, ça va être tous les critères, toutes les règles qui correspondent à toute la partie contenus et services. Et de savoir comment notre utilisateur va utiliser ce site. Comment on va pouvoir mettre en valeur les contenus et les services avec tout ce qui est visibilité, perception et technique.

Et là, avec l’Assurance Qualité Web, on a tout un tas de règles qui, si on les applique en tant que concepteur [ou conceptrice], en tant que développeur [ou développeuse], on va pouvoir vraiment répondre aux premiers besoins de nos utilisateurs.

Il faut bien comprendre que quand on parle d’Assurance Qualité Web, on parle vraiment d’un socle de base. On ne va pas chercher à trouver l’excellence. Par exemple, on va avoir de « l’excellence », quand on va viser de l’accessibilité numérique, quand on va viser la sécurité de nos utilisateurs, quand on va viser la performance des outils, des services.

Mais là, l’Assurance Qualité nous donne un socle de base sur l’ensemble de ces domaines, donc nous permet d’avoir un premier niveau en termes de sécurité des données des utilisateurs, nous permet d’avoir un premier niveau dans l’accessibilité numérique, un premier niveau au niveau de la performance du site, etc.

Et tout ça va nous permettre d’avoir une meilleure inclusion quand on applique les règles de l’Assurance Qualité.

Et en plus de ça, le petit bonus quand on fait de l’Assurance Qualité, c’est que c’est un bon moyen de s’assurer que tous les membres d’une équipe, le client… Que tout le monde parle le même langage entre professionnels [et professionnelles], que tout le monde se comprend bien. Je vous donne un exemple.

Un point sur lequel on se comprend très souvent assez mal entre les différents professionnels [et professionnelles], entre développeurs [et développeuses] et le client, c’est quand on dit dans un cahier des charges que le site ou l’appli doit être ergonomique. Cette phrase là, elle veut à la fois tout et rien dire. Elle est très subjective et derrière, tout le monde y met un petit peu ce qu’il souhaite, sa [propre] vision.

Et donc l’Assurance Qualité va venir nous donner des critères objectifs d’un site, d’une appli qui est effectivement ergonomique. Par exemple, un site web va être ergonomique s’il y a un moyen, depuis toutes les pages, de revenir à la page d’accueil, et que ce soit le même moyen sur l’ensemble des pages. Ça, c’est un critère totalement objectif. Si on le met dans un cahier des charges, tout le monde va être d’accord.

Donc voilà, l’Assurance Qualité, en plus de venir répondre aux besoins essentiels des utilisateurs, va donner un langage commun, ce qui peut être très utile dans les projets.

Il y a une entreprise qui travaille beaucoup sur ce sujet là, c’est l’entreprise Opquast qui propose ce référentiel de règles pour l’Assurance Qualité. Il faut savoir que cet ensemble de règles pour l’Assurance Qualité a été fait par la communauté.

Donc ça veut dire que n’importe quel professionnel [ou professionnelle] peut participer à l’élaboration de ces règles. Ce n’est pas absolument pas fermé. Ce n’est pas une entreprise dans son coin qui a décidé que. Non. C’est toute une communauté de professionnels [et professionnelles] qui s’est mis d’accord.

Et surtout, ce qui est important, c’est que toutes les règles ont fait consensus, c’est à dire que tous les professionnels [et professionnelles] du web qui ont participé à l’élaboration de cette liste étaient d’accord pour qu’elle rentre dans le référentiel. C’est-à-dire que personne ne peut les contester. Toutes les règles qui étaient contestables, ne font pas partie de ce référentiel.

Également, et ça, ça peut être intéressant, ça peut donner un outil concret éventuellement pour les personnes qui nous écoutent, Opquast propose une certification à l’Assurance Qualité Web.

Et je suis justement formatrice pour Opquast, donc je propose effectivement d’accompagner les professionnels [et professionnelles] dans le passage de certification. Cette certification, on peut aussi la passer en totale autonomie, puisqu’il y a une plateforme en ligne d’entraînement qui permet de se mettre dans les meilleures conditions possibles pour passer cette certification.

Il y a aussi de très nombreuses écoles qui maintenant proposent cette certification dans leur cursus. Donc, là aussi, on voit que ça prend de plus en plus d’ampleur.

Donc voilà, Opquast, pour [celles et] ceux qui ne connaîtraient pas, je vous conseille d’aller voir leur travail, qui est très intéressant pour l’inclusion.

 

Lili [01:06:07]

On a également de nombreux outils du quotidien, comme par exemple les plateformes de visio, qu’on peut analyser sous la loupe de l’accessibilité.

Fernando nous fait un retour sur certaines d’entre elles.

 

Fernando [01:06:17]

Alors, c’est toujours la même chose. Faire une liste comme ça à chaud c’est toujours un peu compliqué. Parce qu’on risque de nous dire « tu as oublié le site de celui-ci, tu as oublié de mentionner celui-là ».

Mais oui, ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, Zoom est une solution en matière d’accessibilité qui est reconnue au niveau international. Pour participer à de nombreuses discussions, au niveau mondial, sur toutes ces questions d’accessibilité, l’outil qu’on utilise de plus c’est Zoom clairement.

Si on le fait, ce n’est pas parce qu’on a des actions chez eux. C’est pas parce qu’on aime aller vers des solutions qui sont décriées pour des problèmes de sécurité, comme a pu l’être Zoom pendant un temps. C’est juste parce que c’est la solution aujourd’hui la plus accessible, la plus confortable. Et donc, oui, aujourd’hui c’est vrai que c’est une solution qu’on utilise beaucoup.

Après, il y en a d’autres qui existent. Certaines se sont bien améliorées.

Je pense notamment à Google Meet, qui a fait pas mal d’efforts ces derniers temps.

On a aussi Microsoft Teams qui offre pas mal de raccourcis clavier, notamment pour accéder à un certain nombre de fonctionnalités. Mais les interfaces sont peut-être encore un peu fouillies, un peu plus difficiles à maîtriser.

Et donc, je dirais quand même que le trio qui revient le plus régulièrement, c’est Zoom, Google Meet et Microsoft Teams. Après je pense qu’il en existe d’autres qu’on ne connaît pas. Parce qu’en plus, le marché des visioconférences s’est démultiplié considérablement depuis 18 mois.

A l’inverse, je peux vous en citer qui ne sont absolument pas accessibles, qu’on a d’ailleurs malheureusement dû pointer dans certaines discussions avec le gouvernement, puisque c’est notamment une solution comme Starleaf qui est préconisée par le marché public, par le gouvernement, qui est totalement inaccessible.

Du coup, pour un certain nombre de concertations, notamment avec nos associations, et bien on ne peut pas utiliser ces interfaces-là. Donc voilà, il y a le haut du panier. Il y a beaucoup de solutions et sans doute pour beaucoup d’entre elles qu’on ne connaît pas nécessairement, parce qu’encore une fois, ça prolifère.

Et puis, il y a celles dont on sait pertinemment qu’elles sont inaccessibles et qu’on a déjà pointé pour leur inaccessibilité.

 

Les intérêts de s’investir pour plus d’accessibilité et d’inclusions

Lili [01:08:51]

Pour celles et ceux qui doutent encore, on a demandé pourquoi chacun et chacune devrait prendre sérieusement en compte l’accessibilité et l’inclusion.

Pour Nicolas, c’est un véritable enjeu commercial et sociétal. Une véritable problématique d’usage à laquelle on peut faire face, toutes et tous ensemble.

 

Nicolas [01:09:12]

Moi, quand je vais sur Internet pour acheter des biens de consommation courante, pour commander un VTC, pour aller consulter mes réseaux sociaux…

Avant d’être en situation de handicap, je suis un utilisateur. C’est à dire qu’aujourd’hui, cette question de l’accessibilité et de l’inclusion, de l’ergonomie des sites Internet et des applications, c’est une notion qui concerne tout le monde parce que personne n’est à l’abri.

Finalement, même si je ne le souhaite à personne, on n’est pas à l’abri de se retrouver définitivement ou temporairement en situation de handicap.

Et il n’y a rien de plus frustrant aujourd’hui, par exemple, que de commencer ses achats sur un site Internet, de suivre tout le processus d’achat, toute l’expérience client, jusqu’à arriver au moment de payer son panier, d’avoir une redirection, par exemple, vers un moyen de paiement sécurisé qui, lui, n’est pas accessible.

Et donc, il y a une rupture finalement, dans le processus d’achat qui vient créer de la frustration, probablement chez le client, donc chez moi en l’occurrence, et puis aussi probablement du côté de l’entreprise.

Et donc, la difficulté aujourd’hui, c’est ça.

C’est de prendre en compte ces paramètres-là, en disant : « Quand Nicolas va sur mon site Internet, il aimerait bien pouvoir aller jusqu’au bout du processus pour pouvoir acheter son produit ou utiliser le service en question ».

Et le problème, il est là aujourd’hui. C’est qu’on a tendance à voir l’accessibilité avec une approche souvent très technique. On pourrait parler réglementations avec le RGAA. Et cette réglementation est importante évidemment, à l’échelle française, européenne et internationale.

Mais il y a aussi toute la question de l’usage.

Moi, j’ai été formé il y a quelques années au design thinking. Il n’y a rien de tel que de partir du besoin pour pouvoir construire un site ou une application qui soit la plus accessible possible.

Parce-que je vais faire tomber une idée reçue : le 100% accessible aujourd’hui, c’est quelque chose qui n’existe pas. Pourquoi ? Parce que finalement, en fonction de son besoin spécifique, aller anticiper tous les besoins spécifiques des utilisateurs du Web, ça peut être compliqué.

Par contre la méthodologie de conception, ça va être de mettre autour de la table un maximum d’utilisateurs. Un panel d’utilisateurs avec des sensibilités différentes, avec des particularités, des singularités et des besoins différents, et de co-construire avec eux. Pour qu’à la fin, on puisse avoir une solution qui soit la plus ergonomique possible.

Et qui soit surtout évolutive en disant : « Tiens, à un moment donné il y a un petit souci avec l’utilisateur [ou l’utilisatrice] qui a un besoin qu’on n’avait pas anticipé. Et bien on va être en capacité, de manière agile, d’intégrer ça et de faire évoluer la solution.

 

Lili [01:12:17]

Pour Chloé, si on ne prend pas sérieusement en compte l’accessibilité, l’inclusion pour les autres, on devrait au moins le faire pour nous-mêmes.

 

Chloé [01:12:25]

En fait, il faut vous dire que déjà, au niveau de l’accessibilité numérique, on estime qu’une personne sur deux sera touchée par l’impact de la non-accessibilité du numérique un jour dans sa vie.

Soit directement, parce que malheureusement, il lui arrivera quelque chose.

Soit parce que la personne est déjà en handicap permanent. Dans ce cas-là, elle est déjà touchée par l’accessibilité.

Soit à cause d’un accident, par exemple.

Soit parce qu’elle aura parmi ses connaissances, parmi ses amis, sa famille, ses collègues, une personne qui aura des difficultés, que l’accessibilité numérique pourra pallier.

Au niveau de l’exclusion numérique, parce que du coup, là on parle vraiment de personnes qui sont exclues de l’usage de l’outil numérique, de l’usage du digital.

Et bien là, quelles sont les raisons [de prendre sérieusement en compte les problématiques d’inclusion et d’accessibilité] ?

Tout simplement, si vous vous retrouvez un jour [à avoir] envie de déménager à la campagne, parce que vous en avez assez d’être dans une grande ville. Et bien potentiellement, vous serez aussi touché [ou touchée] par le fait d’être en zone blanche, par exemple.

Potentiellement, on peut [toutes et] tous être touchés à un moment donné dans notre vie. Donc, si ce n’est pas pour les autres qu’on le fait, peut être penser à soi et à ce qui pourra nous arriver plus tard.

 

Lili [01:13:52]

Le podcast touche à sa fin.

Merci à nos intervenants et intervenantes d’y avoir participé et de nous avoir éclairées sur les bases et les enjeux de l’accessibilité numérique. On se rend compte que l’accessibilité et l’inclusion sont des sujets assez larges et intrinsèquement liés.

Ce sont des problématiques qui touchent beaucoup plus de monde qu’on aurait pu imaginer et qui sont bien plus proches de nous qu’on ne le pense. Un séjour ou un déménagement dans un lieu avec une mauvaise connexion, un accident, ou l’âge, tout simplement.

Bref, un jour ou l’autre, on se retrouve toutes et tous confrontés aux problématiques d’accessibilité et d’inclusion.

C’est donc un vrai challenge pour les entreprises, surtout si elles veulent prendre des engagements et remplir leur rôle sociétal.

On parlera justement du cadre légal qui entoure l’accessibilité dans les entreprises dans notre prochain épisode. D’ici là, on vous souhaite une belle journée ou une belle soirée. Merci beaucoup.

 

Conclusion

Marine [01:14:54]

Cette série de podcast fait partie du projet éthique de l’agence Hippocampe. Notre mission : rendre le web et l’entreprise plus éthique.

Nos trois objectifs : rendre nos pratiques encore plus humaines, renforcer notre sensibilité écologique et opter pour une gouvernance transparente.

Chaque trimestre, on s’intéresse donc à un objectif et une initiative qu’on veut mettre en place pour y répondre.

Retrouvez toutes nos initiatives sur notre blog E-bullition. Un outil pour la croissance numérique éthique des entreprises.

Et la suite ? 

Restez connecté ou connectée pour retrouver le prochain épisode de cette série : le cadre légal autour de l’accessibilité numérique.

Parce que des lois, il y en a, mais pour les faire appliquer, c’est pas encore ça…

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Notre premier objectif éthique : la gouvernance transparente

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