La communication accessible et inclusive

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Publié le 20 janvier 2022

C'est déjà le quatrième et avant-dernier épisode de notre enquête sur l'accessibilité et l'inclusion numérique. Dans celui-ci, on passe au plus que concret : nos intervenants et intervenantes vous livrent leurs conseils pratiques pour communiquer accessible et inclusif, dès maintenant. Suivez les guides !

Enquêtes éthiques d'Hippocampe
Enquêtes éthiques d'Hippocampe
Hippo'dcast [FOCUS HUMAIN - ACCESSIBILITÉ ET INCLUSION] - épisode 4
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Plan :

Episode 4 : La communication accessible et responsable 

Retranscription de l’épisode 4 sur l’accessibilité et l’inclusion web

  1. Introduction
  2. Focus site internet
  3. Focus réseaux sociaux
  4. Focus écriture inclusive
  5. Focus stratégie
  6. Conclusion

 

Episode 4 : la communication accessible et inclusive

Voici le quatrième épisode de notre enquête sur l’accessibilité et l’inclusion web. Une série de podcasts réalisée par Lili et Marine, nos deux acolytes du pôle communication.

Elles ont interviewé des pointures sur le sujet :

 

Cet épisode nous a permis de faire le point sur toutes les actions et les bonnes pratiques en matière d’accessibilité et d’inclusion numérique.

Des éléments les plus simples, rapidemment actionnables, aux éléments plus complexes. Là, vous aurez besoin de temps, de ressources et des personnes compétentes.

Bonne écoute !

 

Retranscription de l’épisode 4 sur l’accessibilité et l’inclusion web

Dans un soucis de répondre aux besoins des personnes malentendantes, sourdes ou simplement avec une préférence pour les supports écrits : voici le script du podcast.

Ben oui, faire un podcast sur l’accessibilité web, sans le retranscrire, ça serait quand même dommage.


 

Hippo’dcast, un podcast qui vous plonge dans nos enquêtes sur l’éthique en entreprise et sur le web.

 

Réalisé avec bienveillance par Lili et Marine de l’agence web Hippocampe, une agence en pleine transition éthique.


Introduction

Marine [00:00:18]

Tous les trois mois, on explore une nouvelle initiative éthique que l’on veut mettre en place dans l’agence.

L’occasion de sensibiliser et de se former pour accélérer notre transition éthique. Et quoi de mieux pour se former que de faire intervenir des expertes et experts passionnés par ces différents sujets?

Vous aussi, vous voulez rendre vos pratiques plus éthiques. Alors, plongez avec nous dans l’enquête.

On vous embarque dans nos rencontres et nos échanges à travers une série de podcasts qui vous accompagnent au cœur de nos enjeux éthiques.

De quoi vous inspirer avec des solutions concrètes pour votre activité professionnelle.

Ce trimestre, on plonge dans l’accessibilité et l’inclusion sur le web. On mène l’enquête pendant trois mois pour creuser et approfondir les différents enjeux sur le sujet.

Qu’est ce qu’on a tiré de ces échanges ?

Qu’est ce qu’on va appliquer concrètement à l’agence ?

Qu’est ce que vous pourriez mettre en place dans votre activité ?

On vous laisse découvrir tout ça dans cette série de cinq épisodes sur l’accessibilité et l’inclusion web. On espère qu’elle vous sera utile pour rendre vos pratiques professionnelles et numériques plus inclusives.

 

Communiquer de manière accessible et inclusive

Lili [00:00:49]

Bonjour à toutes et à tous.

Dans cet épisode, on continue sur le thème de l’accessibilité et l’inclusion numérique.

On explorera les leviers que l’on peut mobiliser pour rendre sa communication plus accessible et inclusive sur un site Internet, mais aussi sur les réseaux sociaux.

On abordera aussi le sujet de l’écriture inclusive, vaste débat qui fait couler de l’encre, pour pas grand-chose finalement.

Et puis, on verra que même si l’accessibilité numérique représente un sacré boulot, il est tout à fait possible de s’y attaquer.

Nos intervenants et intervenantes nous donnent des conseils pour entamer dès à présent une démarche plus inclusive.

Dans ce quatrième épisode, nous sommes accompagnés de :

  • Fernando Pinto da Silva, chargé de mission Stratégie Numérique dans la Fédération des aveugles et amblyopes de France, président de la Commission Accessibilité, Conception Universel et numérique du Conseil national consultatif des personnes handicapées, mais aussi membre actif chez BrailleNet.
  • Nicolas Karasiewicz, éveilleur de consciences, conférencier et consultant en stratégie et diversité.
  • Julie Moynat, consultante en accessibilité web et intégratrice web, associée chez Copsaé, aussi connue sous le pseudo de la Lutine du Web.
  • Natacha Blazquez y Gomez, chef de projet Web et consultante marketing digital, cofondatrice de l’association Product for Good.
  • Et enfin, Chloé Beguin, consultante et formatrice indépendante en accessibilité numérique, experte certifiée Opquast.

Vous êtes bien installées et [installés] ?

Alors, c’est parti ! Plongez avec nous dans les solutions de notre enquête sur l’inclusion et l’accessibilité numérique.

 

La communication accessible et inclusive – focus site internet

Lili [00:02:25]

Pour se lancer dans cet épisode sur la communication accessible et inclusive, nous nous sommes intéressées aux sites Internet. Pour commencer, on a voulu savoir ce qui fait qu’un site est accessible.

Julie nous a donné quelques pistes pour savoir si votre site est accessible ou non.

 

Julie [00:02:42]

Un site Web, qu’est-ce qui fait qu’il est accessible ?

Déjà, il ne comporte aucune barrière pour les personnes handicapées, que les personnes valides n’ont pas également. C’est à dire que si tout le monde rencontre une même barrière, c’est juste que le site est mal conçu. Mais si les personnes handicapées sont les seules à rencontrer des barrières, c’est que le site est inaccessible.

Donc, ça va être là, la distinction entre ce qui est ergonomie et accessibilité.

Si le problème est rencontré par tout le monde, c’est que c’est un problème d’ergonomie plutôt que d’accessibilité.

Mais du coup, c’est difficile pour une personne qui n’est pas experte ou concernée de savoir reconnaître un site qui est accessible ou un site qui ne l’est pas.

Il n’y a pas d’outil qui va permettre d’assurer à n’importe qui que le site est accessible. Parce qu’il n’y a pas d’outil qui permet de rendre magiquement un site Web accessible.

Et puis, il y a des outils tests automatiques qui existent, mais ils ne permettent pas de tout tester automatiquement. Il y a toujours besoin d’une personne pour faire certaines vérifications.

D’ailleurs, les outils de tests automatiques testent maximum 20 à 30 des critères d’accessibilité. Donc, ce n’est pas grand-chose.

C’est une aide, ça c’est sûr. Mais par contre, ça ne peut pas être une preuve qu’un site est accessible.

 

Lili [00:04:07]

Pour aller encore plus loin dans l’optimisation accessible de son site Internet, on peut se baser sur des référentiels.

Julie développe par exemple les quatre critères du RGAA.

 

Julie [00:04:18]

En France, on a un référentiel qui s’appuie sur une norme internationale.

Ce référentiel français s’appelle le Référentiel Général pour l’Amélioration de l’Accessibilité. Le RGAA du coup. Donc cette norme internationale sur laquelle il s’appuie pose en fait quatre principes fondamentaux de l’accessibilité.

Et ces principes c’est : perceptible.

Donc il faut que l’information et les composants de l’interface soient présentés de façon à ce que les utilisateurs et utilisatrices puissent les percevoir. Donc, par exemple, les images doivent avoir des alternatives si elles sont porteuses d’informations. Les vidéos qui doivent être sous-titrées. Les contrastes qui doivent être suffisants. Ce genre de choses.

Le deuxième principe c’est : utilisable.

Donc il faut que les composants de l’interface et les composants de navigation soient utilisables. Ça veut dire que ça va être compatible avec la navigation au clavier. Ça veut dire qu’on va avoir des délais suffisants pour faire les actions qui nous sont demandées. Parfois, ça arrive que les pages soient rafraîchies automatiquement. On voit souvent ça sur les sites de presse. Et ça c’est un problème parce qu’on est en train de lire un contenu, et paf, la page se recharge alors qu’on n’a rien demandé. On va avoir aussi les contenus qui parfois peuvent provoquer des crises d’épilepsie, parce qu’il y a des effets de flash. Et donc ça, c’est quelque chose qui rend une interface inutilisable pour les personnes concernées. Voilà.

Le troisième principe, c’est : compréhensible.

Il faut que les informations et l’utilisation de l’interface soient compréhensibles. Par exemple, on va indiquer la langue du contenu pour différencier. Par exemple, si on a un article en français, avec des mots en anglais, eh bien, il faut que le contenu en anglais soit balisé correctement pour une personne qui va utiliser un lecteur d’écran. Donc les logiciels utilisés majoritairement par les personnes aveugles et qui leur permettent de restituer ce qui se passe à l’écran. Il faut que ces lecteurs d’écran puissent adapter la façon dont ils vont lire le contenu. Parce que sinon, le texte en anglais, il va être lu à la française, et ça voudra rien dire.

Dans compréhensible, on va aussi faire en sorte que le fonctionnement soit prévisible pour l’interface. Donc ça, c’est un peu plus complexe. Par exemple, on va parfois remplir un formulaire, et automatiquement, il y a des champs qui vont apparaître, de nouveaux champs qui vont apparaître. Et ça, c’est pas prévisible si la personne n’est pas prévenue d’une manière ou d’une autre. On va aussi avoir les aides à la saisie dans les formulaires. Donc les aides à la saisie, ce sont les indications qui vont dire : « qu’est-ce qu’on attend comme données dans ce champ ? » par exemple.

Et le quatrième principe c’est : robuste.

Donc le contenu doit être suffisamment robuste pour être interprété de manière fiable par une large variété d’agents utilisateurs, y compris les technologies d’assistance. Alors, ça veut dire en gros qu’il faut que le site Web soit compatible avec les navigateurs et les technologies d’assistance. Donc les technologies d’assistance, c’est par exemple le lecteur d’écran dont je parlais. Ça va être aussi par exemple, une plage braille, qui est une sorte de petite tablette branchée à l’ordinateur qui permet de lire le contenu en braille pour les personnes aveugles.

Donc voilà, du coup, les quatre principes auxquels on répond quand on respecte les règles d’accessibilité.

 

Lili [00:08:28]

Pour ouvrir nos perspectives sur les champs d’action envisageables, rien de mieux que de se pencher sur les problèmes d’accessibilité.

Julie nous donne quelques exemples.

 

Julie [00:08:38]

Pour moi, les problèmes les plus fréquents, c’est vraiment un point de vue personnel parce qu’on n’a pas de statistiques sur ça, mais du coup, dans les problèmes les plus fréquents, par exemple, [il y a] les textes dont la couleur n’est pas assez contrastée avec le fond.

J’en ai beaucoup parlé. C’est un problème qui est sur la majeure partie des sites web. Il y a eu une étude réalisée par Webaim. (Je ne sais pas trop comment on doit le prononcer.) Qui audite 1 million de pages d’accueil de sites Web. Alors des pages d’accueil de sites Web de différents pays et elle les audite de façon automatique.

Et donc, comme je le disais, un audit avec un outil automatique, ça remonte seulement 20 à 30% des problèmes d’accessibilité. Enfin ça traite que 20 à 30% maximum des règles d’accessibilité. Et donc ça ne remonte pas tout. Mais typiquement sur les contrastes de couleurs, la plupart des sites sont concernés.

La dernière étude a remonté 97,4% de pages d’accueil qui avaient des problèmes détectables automatiquement. Et du coup, dans les problèmes les plus fréquents, on va retrouver aussi très, très souvent l’inaccessibilité des scripts avec la navigation clavier et les lecteurs d’écran.

Par exemple, les carrousels qui sont les espèces de diaporama qu’on met souvent sur les pages d’accueil et qui servent à rien.

Il y a les accordéons aussi.

Les pop-in : ça, ce sont les fenêtres qui s’ouvrent en surbrillance à l’intérieur des sites web.

Ou encore, il y a les formulaires qui ont une validation en JavaScript à la volée.

C’est-à-dire qu’on n’a même pas le temps de cliquer sur le bouton d’envoi, que ça a déjà validé ou invalidé les champs. Là-dessus, il y a souvent des problèmes d’accessibilité. On va avoir, si je reste sur les formulaires : les champs qui n’ont pas de libellé, ou bien dont le libellé n’est pas attaché aux champs.

C’est-à-dire que le libellé, on le voit là, mais techniquement, il n’est pas rattaché aux champs. Quand une personne aveugle arrive dessus, elle ne sait pas ce qu’elle doit remplir. Parce qu’elle ne voit pas que le libellé est à côté et le lecteur d’écran ne lui dit rien.

Elle est dans un champ et c’est tout. Ok. Débrouille-toi !

Un autre problème qu’on va avoir aussi, ça va être tout ce qui est animations, gif animés qu’on ne peut pas arrêter. Les carrousels qui défilent automatiquement. Qu’on ne peut pas arrêter non plus.

Ça peut empêcher de se concentrer sur le contenu. Et du coup, il y a des contenus qui ne peuvent pas être lus, notamment par les personnes qui ont un trouble de l’attention. Parce que le fait d’avoir ce truc qui bouge en permanence sous les yeux, ne permet pas de lire le texte autour. On ne peut pas se concentrer dessus.

Et de la même façon, on va avoir les vidéos, les contenus sonores qui démarrent automatiquement. Ah bah là, ça va être un enfer pour les personnes anxieuses, notamment.

Parce qu’un son qui démarre tout seul, [quand] tu n’as rien demandé, ça peut être anxiogène.

Et pour les personnes aveugles, ça pose un énorme problème, puisque du coup, ces contenus sonores vont être en même temps que le lecteur d’écran, qui décrit à la personne aveugle ce qui se passe à l’écran. Et en même temps, il y a ce son.

Potentiellement, c’est une vidéo ou un son où quelqu’un parle en plus. Donc il y a deux voix en même temps. Du coup c’est infernal.

Et en fait, dans les règles d’accessibilité, on dit « bah ok ça peut démarrer automatiquement si on peut l’arrêter. »

Mais en fait, ça, c’est pas bon du tout.

Oui ok, tu peux l’arrêter. Mais une personne qui est là, avec son lecteur d’écran qui lui cause, qui lui dit ce qu’il se passe à l’écran, elle va chercher le bouton pause [pendant] qu’il y a deux personnes qui lui parlent en même temps.

Donc, en général, juste on ferme le site. Et puis c’est tout.

 

Lili [00:13:14]

Tu fermes le site, si t’es calme. Si t’es un énervé [ou une énervée], tu balances ton ordinateur à l’autre bout de la pièce quoi…

 

Julie [00:13:19]

Oui, alors je ne suis pas sûre que [c’est la meilleure solution]. Parce que malgré le fait que ça ne soit pas accessible dans bien des cas, le numérique aide quand même pas mal les personnes handicapées pour tout un tas de choses, qui n’étaient pas possibles du tout avant.

Parce que quand on avait toutes les démarches papier, par exemple, ça ne marchait pas du tout quand on est aveugle. Et normalement, quand le formulaire est en ligne, on est censé [ou censée] pouvoir le remplir en toute autonomie.

Mais la réalité, c’est que ce n’est pas accessible dans la plupart des cas.

Du coup parfois, il y a quand même besoin d’aide malgré tout. Ça, c’est énervant. Quand j’ai une copine aveugle qui me dit qu’elle a passé une demi-journée, je crois, pour remplir sa déclaration d’impôts.

C’est pas possible quoi…

 

Lili [00:14:19]

C’est déjà horrible de le faire quand on est valide et qu’on n’est pas confronté [ou confrontée] à ces besoins d’accessibilité, alors si en plus, on y passe la journée…

Mais c’est délirant quand même, parce que la digitalisation, un des intérêts, c’est que c’est censé permettre à des personnes qui n’étaient pas en mesure de le faire avec des formats papier [d’y arriver en utilisant le digital].

 

Julie [00:14:38]

Bah c’est censé simplifier la vie.

Mais en réalité, on se rend compte que ce n’est pas toujours le cas, parce que c’est mal fait…

 

Lili [00:14:46]

Maintenant que l’on comprend mieux les enjeux et l’absurdité de certaines de ces problématiques, parlons des solutions.

Concrètement, quelles sont les actions que l’on peut effectuer pour rendre nos contenus web plus accessibles ?

On a demandé à Fernando les trois critères les plus importants, selon lui, pour rendre nos contenus web plus accessibles.

 

Fernando [00:15:07]

Je dirais qu’une des choses qui revient le plus souvent, c’est structurer votre information.

Ne pas considérer que, parce que vous allez mettre du gras, du souligné, de la taille 24, ça va permettre de structurer votre information. De tout de suite voir ce que vous allez mettre en exergue sur votre site Internet, ce qui est moins important, etc.

Donc, il y a ce qu’on appelle des éléments sémantiques.

Notamment des niveaux de titres. Pour dire bon, voilà, ça c’est un titre de niveau 1, ça c’est un titre de niveau 2, donc ça a un peu moins d’importance, ça c’est un titre de niveau 3, donc, ça l’est encore un peu moins.

Et ça, c’est vraiment fondamental pour les gens qui vont naviguer différemment avec un lecteur d’écran, une synthèse vocale, avec d’autres aides techniques. [Ils] vont pouvoir très vite comprendre, même sans voir votre page sur un écran, comment vous avez structuré votre information. Donc ça, c’est vraiment fondamental.

Utiliser la sémantique pour bien structurer le propos.

Accessoirement, pour ceux qui croient encore au référencement naturel, (même si aujourd’hui, un certain nombre de techniques permettent de s’en affranchir, voire de le contourner), un site bien structuré, c’est un site qui est mieux référencé par les moteurs de recherche.

Donc, non seulement vous ferez de l’accessibilité numérique, mais en plus, vous pourriez accroître vos chances d’être un peu mieux référencé [ou référencée].

La deuxième chose qui me vient à l’esprit, c’est penser à apporter une alternative aux images.

Ce n’est pas parce que vous mettez des images, des photos sous forme d’images pour faire un certain nombre de choses, que c’est compréhensible par tous [et toutes].

Je reprends pas forcément l’exemple que je citais tout à l’heure, mais une image mal étiquetée qui me permet d’envoyer un message, si elle est mal étiquetée, je ne sais pas, avant de cliquer dessus, ce qu’elle va faire.

Mais on sait aussi que tout le monde ne comprend pas nécessairement les codes visuels que vous avez voulu imposer.

Peut-être que pour vous, ça vous paraît évident, mais pour quelqu’un qui a une compréhension différente, ça ne va pas être aussi intuitif. Et donc le fait notamment d’avoir un texte alternatif à son image, ça va faire qu’en passant la souris par-dessus, on va voir le texte apparaître.

On va dire « OK, ça, ça va me servir à déclencher une facture ». Donc, si vous avez les images qui sont porteuses de sens, qui explicitent l’événement que ça va déclencher si on clique dessus, etc., pensez dans la balise image, au travers de l’attribut alt, à indiquer un descriptif de l’image, enfin ce qu’elle est censée produire.

Et la troisième chose qui me viendrait à l’esprit, si je dois du coup en dire que 3, et bien, c’est parler spécifiquement des formulaires en ligne.

On a tous, pour de très bonnes raisons, besoin de mettre en place des formulaires d’inscription à un service, pour, je ne sais pas, moi, demander l’avis de quelqu’un sur un produit, faire des sondages. Enfin bref, on imagine tout un tas de choses, effectuer les démarches, etc.

Pensez qu’un formulaire, ce sont des champs qui doivent être bien étiquetés.

Quand je dis bien étiquetés, c’est-à-dire que, pour les plus technophiles d’entre nous, dans le champ du formulaire, je dois avoir associé à ce champ de formulaire ce qu’on me demande.

C’est-à-dire que si j’attends qu’on inscrive le nom, eh bien « nom » doit être associé comme intitulé de ce champ au champ. Voilà, c’est une chose.

Et pensez aussi que si le champ est mal rempli, le fait d’indiquer en rouge « vous avez mal rempli votre formulaire », ça ne dit pas nécessairement où. Donc, expliciter où est-ce que ça a mal été rempli.

Et puis dites-vous que si c’est rouge, il y a plein de gens qui ne vont pas le voir.

Moi par exemple qui suis aveugle si quelque part, en plein milieu de la page, il y a un truc rouge qui apparait, mon lecteur d’écran ne va pas le voir.

Donc il ne va même pas nécessairement m’indiquer « tiens il y a un truc rouge qui apparaît quelque part, il faudrait que tu y fasses attention ».

Donc je vais passer à côté et je vais passer un temps fou à comprendre pourquoi, après avoir validé 15 fois mon formulaire, il est toujours refoulé.

Et donc pensez à expliciter ça.

C’est-à-dire pensez à indiquer de façon lisible, sans nécessairement passer par un code couleur différent, ou en tout cas, pas que par ça, quelles sont les choses qui doivent être mieux complétées.

Et puis, là aussi, pour les plus technophiles d’entre nous, on sait qu’il existe des technologies, comme ce qu’on appelle l’Aria, qui va permettre, s’il y a une alerte instantanée sur la page, de la rediriger vers un lecteur d’écran ou vers un dispositif comme une aide technique, pour dire « attention, le service numérique indique un message contextuel qui est le suivant ».

Ce qui fait qu’en temps réel, on sait quel est le problème.

Le problème est bien énoncé, puisque on va dire exactement quel est l’ensemble des champs à remplir correctement. Et donc là, on va pouvoir remplir dans de bonnes conditions le formulaire.

 

Lili [00:20:57]

Fernando n’est pas le seul à nous avoir recommandé de soigner la hiérarchisation des contenus.

Julie, Natacha et Chloé rentrent plus en détail dans ce que l’on peut faire pour optimiser l’accessibilité, d’un point de vue hiérarchisation et mise en forme.

 

Julie [00:21:14]

Sur un site web, on a tout ce qu’il faut.

Donc, on va pouvoir utiliser des titres pour la hiérarchisation du contenu typiquement.

Puisque ça va nous permettre de découper en différentes parties, sous-parties, sous-sous-parties et ainsi de suite.

Donc ça, c’est très important, parce que ça va nous permettre, pour les personnes qui en ont besoin, d’avoir en fait un sommaire du contenu.

Je pense que vous êtes plus habitués [et habituées] à ce que l’on voit dans les documents Word, par exemple.

On a souvent un panneau sur la gauche qui permet de reprendre la hiérarchisation des titres.

Et bien sur le web, on a aussi des outils qui permettent de faire ça. Et c’est ce que proposent aussi les lecteurs d’écran.

Ils permettent de naviguer de titre en titre, et d’avoir finalement le plan de la page.

Donc, ça permet d’avoir déjà une bonne vision de ce que contient cette page.

Et puis on va pouvoir utiliser des vraies listes à puce ou des vraies listes numérotées. On ne va pas juste mettre un petit tiret, faire des listes avec des petits tirets.

Non, on va utiliser l’élément HTML qui nous permet de faire ça.

Et en général, sur les sites web, quand on a une interface pour éditer les contenus, on a souvent une barre d’outils qui propose des petits boutons pour mettre en forme de listes, liste à puce ou liste numérotée.

Donc ça, il faut l’utiliser, c’est important.

Et puis après, il y a la mise en gras des éléments importants dans un contenu.

Ça, c’est une bonne pratique. Ce n’est pas une règle d’accessibilité en soi. Mais par contre, c’est vrai que ça a son intérêt, puisque ça permet de lire plus facilement des contenus.

En revanche, si on veut mettre en avant du texte par la couleur, on peut le faire, mais il y a des conditions.

Déjà, les contrastes.

Il faut que ça soit suffisamment contrasté. Et puis, on va aussi s’assurer que la couleur ne soit pas le seul élément qui permettra de dire que cette information est importante.

Parce qu’il y a des personnes qui ne voient pas ou qui voient mal les couleurs. Donc, à ce moment-là, on mettra par exemple en gras et en couleur. Il ne faut pas qu’il y ait de l’information qui soit que donnée par la couleur. Ça, ça ne marche pas.

Donc, ça, c’est sur un site web.

En fait, on est assez libre de faire les choses qu’on veut et de façon accessible.

 

Natacha [00:24:02]

Déjà, en parlant de hiérarchisation et de bonne structure, c’est aussi faire des titres de pages qui sont très précis.

Intégrer toute la partie SEO dedans, finalement, c’est aussi utile pour les utilisateurs.

Parce qu’on va tout de suite savoir de quoi est-ce que la page va parler, en fait.

 

Chloé [00:24:25]

Alors là, il va y avoir effectivement différentes règles qui vont pouvoir s’appliquer. Je vais vous en citer quelques-unes.

Bien évidemment, je ne vais pas être exhaustive.

Vous avez le fait, par exemple, quand on rédige les contenus, de ne pas justifier les textes.

Parce que là, ça va poser beaucoup de problèmes, notamment pour les personnes qui ont des troubles cognitifs. Notamment parce que ça fait des grands espaces entre les mots, parfois. Et donc ça va leur poser problème dans leur lecture.

Par exemple, faire des textes tout en majuscules aussi, ou tout en italique, là aussi, ça va complexifier la lecture.

Si on fait ça, on va le faire sur des petites portions de texte et pas sur de longs textes. On va avoir le fait de faire attention à son interlignage, d’avoir un interlignage assez correct.

Pour une personne dyslexique, par exemple, pour qui les lignes ont tendance à danser un petit peu devant son regard. Pour elle, du coup, si l’interlignage n’est pas assez important, eh bien, les lignes vont se chevaucher.

On va penser au fait de ne pas utiliser uniquement la couleur pour faire passer une information.

Par exemple, pour toutes les personnes qui auraient des difficultés à percevoir la couleur, comme les personnes daltonien. Donc là, je vous donne un exemple.

Quand on a un lien à l’intérieur d’un texte, pour le différencier du reste du contenu, on peut effectivement utiliser la couleur, mais on va aussi, par exemple, le souligner, ou le mettre en gras. Comme ça, il y aura un autre voyant que la couleur pour distinguer le lien du reste du contenu.

Quand on met en ligne des schémas, faire en sorte que la légende puisse être identifiable sur chaque portion du schéma.

Donc, là aussi, ne pas passer que par la couleur.

Rajouter des pictos par exemple.

Pour le soulignement, justement, des contenus, faire en sorte que ce ne soit que les liens qui soient soulignés. Ce qui ne veut pas dire qu’on doit obligatoirement souligner les liens.

Simplement, c’est une convention dans le web que les contenus soulignés soient des liens. Ce qui veut dire que quand un utilisateur voit un contenu surligné, automatiquement, il va avoir envie de cliquer dessus.

Eh bien, si ce n’est pas un lien, ça va tromper l’utilisateur.

Ça va tromper n’importe quel utilisateur, et encore plus les personnes qui sont en situation de handicap cognitif, ou les personnes qui ne sont pas très à l’aise avec l’outil numérique.

Donc voilà, ça en fait quelques-unes. Il y en aurait bien d’autres. Là, je vous invite à aller voir du coup les règles d’assurance qualité et d’accessibilité.

 

Lili [00:27:09]

Chloé nous a aussi donné des conseils pour mieux prendre en compte les usages spécifiques des personnes aveugles qui utilisent un lecteur d’écran, par exemple.

 

Chloé [00:27:18]

Alors, pour ces personnes, en fait, il faut avoir une bonne structure de titres et de sous-titres.

Parce qu’en fait, quand on navigue avec un lecteur d’écran, notamment, on va très souvent naviguer de titre en titre, pour avoir une lecture plus rapide de la page.

Ou on peut aussi naviguer de lien en lien.

Et dans ce cas-là, la bonne pratique, voire la règle à respecter, ça va être que l’ensemble des liens de la page soit le plus accessible possible.

Par exemple, ne pas enchaîner des liens type « en savoir plus ». Si le lecteur d’écran remonte 5 fois de suite « en savoir plus », eh bien dans notre navigation, ça va être beaucoup plus compliqué.

Et après, pour tout ce qui est contenu en gras ou en italique, pour tous les contenus qui seraient mis en valeur, eh bien il faut que ce soit fait dans le code source de la page.

Donc, directement dans le HTML. Que ce soit bien balisé de manière à signaler les contenus en gras ou en italique, donc les contenus mis en valeur.

Et ça, potentiellement, ça peut être restitué par le lecteur d’écran.

Et là, en fait, tout va dépendre aussi du paramétrage qu’aura fait la personne. Et ça, on ne peut pas en préjuger.

Certaines personnes vont vouloir avoir ce niveau de détail, que d’autres ne voudront pas avoir.

 

Marine [00:28:34]

D’accord. Et en fait, ça va être dit à l’oral, par exemple, comme on dirait « entre parenthèses » et le mot.

 

Chloé [00:28:40]

C’est ça, voilà.

 

Lili [00:28:42]

Natacha nous parle aussi de petits éléments qui peuvent améliorer l’accessibilité de son site web.

La taille des CTA, la mise en place d’un fil d’Ariane ou un travail sur le SEO.

 

Natacha [00:28:54]

Il y a pas mal d’éléments qu’on peut prendre en compte. Je vous disais tout à l’heure effectivement les CTA, il faut les faire un tout petit peu plus gros.

On a des tailles précises pour l’accessibilité, en plus. Pour être sûr que ça soit accessible à tout le monde.

 

Lili [00:29:11]

Peut-être juste expliquer ce que c’est un CTA pour les personnes pour qui ce n’est pas du tout familier.

 

Natacha [00:29:19]

Effectivement, ce sont les boutons, par exemple, les boutons qui permettent d’acheter ou d’aller sur son compte.

Ce sont les boutons qu’on trouve sur un site internet et ce sont des boutons qui sont cliquables.

 

Marine [00:29:31]

Voilà, c’est CTA pour « Call To Action », donc « appel à l’action ».

Voilà comme ça on est très, très, très accessibles.

 

Natacha [00:29:39]

Ensuite, c’est par exemple faire des fils d’Ariane.

Avoir des fils d’Ariane qui sont clairs et qui permettent de savoir à tout moment où est-ce qu’on est sur un site Internet. Ce sont vraiment des petits éléments comme ça.

C’est faire en sorte qu’on puisse, par exemple, toujours revenir à la page d’accueil. Peu importe où est-ce qu’on est sur le site.

Donc ça peut être effectivement via le fil d’Ariane. Alors là, je ne parle pas du logo cliquable. Parce que tout le monde ne va pas savoir que le logo est cliquable et qu’il fait revenir à la page d’accueil. Donc, c’est être vraiment très, très clair. Ne pas être trop dans la subtilité non plus.

Faire très attention avec les visuels et les différents contrastes.

Travailler beaucoup sur le SEO.

Pour moi, ça, c’est vraiment un point très important. Tout simplement parce que le SEO, c’est lui qui, ensuite, va faire un audit de votre site et qui va aussi donner beaucoup de ‘tips’, non seulement sur le SEO, mais sur toute la partie accessibilité.

Effectivement, un expert SEO a pas mal d’outils qui, derrière, vont aider le développeur [ou la développeuse] à savoir où aller, à savoir quoi mettre en place, justement pour qu’à la fin, ça puisse être le plus accessible possible.

[Et] tout simplement avoir un site qui est rapide, c’est faire en sorte d’avoir un site responsive aussi.

De ne pas avoir qu’un site pensé pour l’ordinateur ou avoir un site que pensé pour le téléphone. Même si aujourd’hui, on est beaucoup sur du « mobile-first ».

Donc designer d’abord sur du mobile pour ensuite adapter sur ordinateur.

C’est faire en sorte que votre contenu soit lisible, que ce soit sur un ordinateur, sur une tablette ou sur votre téléphone, et tout aussi fascinant. Peu importe l’outil sur lequel vous [êtes], vous avez accès à ces éléments-là.

 

Lili [00:31:29]

En tout cas, comme Fernando l’a évoqué, les objectifs d’accessibilité et de référencement vont de pair.

Natacha explique pourquoi il est important de travailler sur le SEO.

 

Natacha [00:31:41]

Tout ce qu’on fait pour l’accessibilité, on le fait aussi pour Google.

Pour [celles et] ceux qui sont peut-être moins sensibilisés ou sensibles. En fait, toutes ces « best practices » prennent en compte énormément d’éléments qui sont aussi [importants] pour l’accessibilité.

Par exemple, mettre des légendes, même non visibles, à chacun des visuels. Donc ça, c’est hyper important pour votre référencement de toute façon. Pour remonter mieux dans les recherches sur Google.

Et en parallèle, si vous arrivez sur un site et que, par exemple, vous êtes malvoyant [ou malvoyante], donc vous ne voyez pas les visuels, logiquement, si vous avez une légende qui explique exactement votre visuel derrière, en fait, vous avez déjà accès à la même chose que nous, même si vous ne voyez pas le visuel.

Ou par exemple, pour les gens qui n’ont pas une très, très bonne connexion Internet à un moment donné, ils ne voient pas le visuel non plus parce que ça ne se charge pas bien. Et bien ils ont quand même la légende et on sait quand même quel était le visuel derrière.

 

Lili [00:32:36]

Pour Nicolas, c’est surtout une question d’approche et d’empathie.

Si on se questionne sur l’accès à nos contenus et qu’on essaye vraiment de se mettre à la place des personnes ayant le plus de contraintes, on finit toujours par trouver des solutions.

 

Nicolas [00:32:53]

Alors, il y en a beaucoup, et puis après, encore une fois, je pense que ça dépend vraiment de la typologie du site, ou en tout cas de ce qu’on a envie de faire passer comme message.

Mais je l’évoquais un peu tout à l’heure, c’est évidemment travailler sur la photo et la vidéo.

Et pas se dire « ben non, de toute façon, les non-voyants [et non voyantes] ne voient pas, donc on ne va pas commencer à faire des vidéos accessibles. Les sourds et [sourdes] n’entendent pas, donc si on fait des podcasts, de toute façon, on va les mettre de côté direct… ».

Non !

Je pense qu’il faut avoir une approche où on se dit aujourd’hui « quel contenu pour quelle cible, et comment est-ce que je peux essayer au maximum d’intégrer une brique inclusive ? »

Alors voilà, je disais tout à l’heure, du sous-titrage pour la vidéo, une voix-off, la description des photos sur les sites et les réseaux sociaux.

La question du contenu rédactionnel avec l’écriture inclusive dont on parlait tout à l’heure. La création graphique avec… Bon moi, je ne vois pas la différence, mais on me l’a déjà dit : quand vous avez un site Internet avec un fond gris clair, et puis dessus, vous allez mettre une petite écriture gris foncé…

Alors, c’est peut-être en phase avec la charte graphique de la structure en question, mais je mets au défi qui que ce soit, après huit heures de boulot, d’arriver à lire l’information sur le site internet.

Évidemment, là encore une fois, on parle d’accessibilité, mais on va parler d’ergonomie pour tout le monde.

 

Lili [00:34:27]

Nicolas souligne aussi que c’est une approche à adopter dès le début du développement web.

Et surtout à garder en continu pour tester le niveau d’accessibilité.

 

Nicolas [00:34:37]

Alors, évidemment, je vous renverrais au RGAA, parce que sur la partie technique, là, pour le coup, c’est vraiment ça.

Je parlais tout à l’heure de la possibilité de légender les photos sur le site Internet. Ça passe par le développement.

C’est d’aller mettre une petite description de la photo en question. Ça, c’est important.

De la même manière, sur les différentes formes de menu aujourd’hui qui peuvent exister pour aller d’une page à l’autre sur un site Internet, il y a des choses, évidemment, qui sont très, très compliquées, quand vous devez, par exemple, déplacer votre souris pour avoir accès aux menus.

Évidemment, quand vous utilisez une synthèse vocale et donc, forcément, pas la souris, ça peut poser des problèmes. De la même manière, ça c’est du vécu chez un de mes clients, l’utilisation, par exemple, de tous ces petits carrousels que vous avez en page d’accueil. Vous avez des photos qui défilent, des petits logo, etc.

Encore une fois, avec une synthèse vocale, je peux vous assurer que c’est compliqué d’avoir accès à la suite du site Internet.

Et donc c’est là où vous avez dans tous les logiciels, dans tous les téléphones, tous les ordinateurs, quasiment chez tous les fabricants, aujourd’hui, vous avez des options d’accessibilité. Chez Microsoft, chez Apple, chez Samsung et les autres.

N’hésitez pas à aller explorer les fonctionnalités d’accessibilité que vous avez sur vos terminaux. Et puis, testez les sites Internet, les applications, ce que vous êtes en train de sortir, vos communications sur les réseaux sociaux.

Vous allez tout de suite comprendre.

Fermez les yeux, faites comme moi.

Et puis, vous allez tout de suite vous rendre compte de l’accessibilité ou de l’inaccessibilité de votre communication.

 

La communication accessible et inclusive – Focus réseaux sociaux

Lili [00:36:27]

Effectivement, grâce à certaines fonctionnalités sur les plateformes en ligne, nous pouvons parfois nous mettre à la place des personnes qui ont des besoins accessibles spécifiques.

 

Mais comment communiquer de manière inclusive sur des plateformes sociales qui ne prévoient pas toujours de solutions accessibles ?

Une vaste question qu’on s’est également posées pour optimiser l’accessibilité de notre communication.

Pour commencer, quelles problématiques accessibles peut-on trouver sur les réseaux sociaux ?

Julie relève certaines mauvaises pratiques et difficultés liées aux fonctionnalités de ces plateformes.

 

Julie [00:37:02]

Ah oui, ça serait, je pense, pour l’accessibilité, pas mal que les réseaux sociaux permettent d’avoir un bouton pour mettre en gras du contenu, a minima.

Parce que là, aujourd’hui, les gens font vraiment n’importe quoi.

Quand on ne connaît pas le sujet de l’accessibilité encore, bon ok, vous n’avez pas du tout imaginé que votre contenu, du coup, n’était pas du tout accessible. Par contre, il y a des gens à qui on signale, et même des entreprises à qui on signale, qui, en fait, s’en moquent complètement et ne changent jamais leurs pratiques.

Après, au niveau des réseaux sociaux, de toute façon, ce sont des grosses plateformes.

Quand on voit Twitter déjà qui a son bleu très clair par défaut et qui ne veut pas le changer… Alors ils ont mis un petit bouton dans les paramètres individuels du compte pour avoir des couleurs contrastées. Sauf qu’il faut quand même se taper la connexion ou l’inscription sur le site de façon non accessible au départ.

Ça n’a pas de sens quoi, changez votre bleu !

 

Lili [00:38:15]

Malgré ces limites pratiques, Natacha relève l’importance de s’investir comme allié [et alliée] de l’accessibilité en tant que communicant ou communicante.

 

Natacha [00:38:23]

Nous, en tant que communicant [et communicante], puisque finalement on travaille sur le web, nous, notre travail, c’est être de bons alliés [et alliées] et faire en sorte que des personnes concernées puissent avoir de la visibilité.

Et nous, on est là justement aussi pour faire un petit peu un relais de ces contenus, et donner le plus d’informations possible, justement, aux personnes n’ayant pas accès à ces contenus-là.

 

Lili [00:38:48]

S’investir pour l’accessibilité et l’inclusion en tant que professionnels [et professionnelles] de la communication, d’accord.

Mais comment procéder ?

Julie et Natacha nous donnent leurs conseils pratiques pour y parvenir sur les réseaux sociaux.

 

Julie [00:39:00]

Le contenu qu’on partage est assez limité.

On a des contraintes qui sont assez fortes, puisqu’il n’y a pas de possibilité de mettre en forme le contenu. Du coup, il y a des gens qui essayent de trouver des parades pour écrire en gras ou en italique, avec une belle typographie.

Sauf qu’en fait, quand on fait ça, on n’écrit pas vraiment en gras, ni en italique, ni avec une belle typographie.

Quand on fait ça, on utilise des caractères qui sont généralement des caractères mathématiques et qui sont lus comme tels par les lecteurs d’écran dont je parlais. Ou alors, ils sont totalement ignorés parce que ce sont des caractères qui ne sont pas reconnus.

En tous les cas, ce qu’il se passe, c’est que les mots qu’on écrit en faux gras, en faux italique, ou en fausse belle typographie, ne sont pas lus comme des mots.

Et du coup, les messages sont incompréhensibles et totalement inaccessibles. Donc pour une personne aveugle qui n’a que le retour de son lecteur d’écran ou de sa plage braille, elle ne saura pas ce qu’il a écrit.

On va avoir un phénomène un peu similaire avec les gens qui écrivent des messages avec des emojis.

Par exemple, on a des emojis qui permettent de mettre des chiffres. Quand on fait ça… Il y avait, je crois que c’est le préfet de la Loire-Atlantique qui avait partagé un tweet, je crois que c’était pour la vaccination contre le Covid, où il y avait des âges qui étaient indiqués, des dates, et tous les chiffres étaient en emojis.

Alors, déjà, moi, sur mon téléphone, il y a une vieille version d’Android. Les emojis chiffres, en fait, ce sont des carrés bleu clair, avec un chiffre en blanc. Et en fait, c’est quasiment illisible. Donc j’avais du mal à lire ce qu’il y avait écrit.

Mais pour une personne qui utilise un lecteur d’écran, en fait ça lisait touche 1, touche 2, touche 3… Enfin ça n’avait aucun sens.

Quand on veut écrire un chiffre, on l’écrit avec les chiffres du clavier, pas avec les émojis.

Et c’est un peu le piège, parce qu’on a ces choses-là qui sont disponibles. Donc des caractères qui ressemblent à des lettres, mais qui ne sont pas des lettres en tant que telles.

Ces emojis qui contiennent des chiffres, mais en fait, si on les utilise mal, ça rend les messages incompréhensibles.

Donc oui, il faut se limiter en fait.

 

Lili [00:41:36]

Et je me demande pour les emojis classiques, type sourire, cœur et compagnie, est-ce que les liseuses et les plages de braille arrivent à traduire ces petites émotions ?

Ou c’est aussi incompréhensible qu’un 1, un 2 ou une flèche ?

 

Julie [00:41:56]

Ça dépend en fait.

Déjà, tout ça, ce sont des caractères Unicode. Donc qui font partie de la table de caractères.

Donc, quand ce sont de nouveaux caractères, et qu’on a un vieux système d’exploitation sur son téléphone, parfois, on a des rectangles blancs, avec une croix au milieu, parce qu’en fait, ce caractère-là, le téléphone ne le reconnaît pas.

Donc, dans ce cas-là, de toute façon, c’est un caractère qui risque de ne pas être restitué, en fait, par les lecteurs d’écran.

Mais en général, les emojis sont bien lus.

C’est juste que si on les utilise d’une façon détournée, ça ne sera pas lu de la façon dont on aimerait.

Par exemple, quand on veut dire « 12 ans » et qu’on écrit 12 en emojis, ça va dire « touche 1, touche 2 ». Ça ne fait pas 12. Et du coup, on peut mettre des emojis dans les messages, il n’y a pas de problème.

On va éviter juste d’en abuser, de faire un message avec 50 emojis.

 

Lili [00:43:06]

C’est un peu terrible pour tout le monde ce genre de message, je pense.

 

Julie [00:43:10]

Oui, je pense aussi.

Et quand on utilise un lecteur d’écran, c’est encore pire.

Parce que du coup c’est très verbeux. Je ne sais plus comment ça dit les choses, mais normalement, ça dit que c’est une image. Et ça dit ce qu’il y a sur l’emoji.

Donc ça peut être assez long selon celui que l’on utilise aussi quoi. Donc à la fin, je pense qu’on en a plein la tête.

 

Julie [00:43:35]

Sur les réseaux sociaux, il y a aussi le fait qu’il faut ajouter des descriptions aux images qu’on partage, qui sont très souvent informatives.

Parce que parfois on met un petit commentaire pour tout le monde, qui est un peu énigmatique. Et puis c’est l’image qui permet de résoudre l’énigme.

Mais si cette image n’a pas de description, les personnes aveugles ne sauront pas de quoi il s’agit. Donc elles vont manquer une information. Il y a aussi beaucoup d’images avec du texte dedans.

Ça c’est l’enfer.

Donc évidemment, il faut une description d’images. Mais quand on construit cette image-là, on va aussi faire attention à ce que les contrastes soient bons.

Tout à l’heure, je répondais à un tweet de l’Agefiph. C’est un organisme qui agit pour les personnes handicapées et qui partage en ce moment beaucoup d’offres d’emploi avec du texte écrit en blanc sur fond jaune.

Blanc sur fond jaune, c’est pas visible en fait.

Et comme votre domaine, c’est le handicap, c’est pas normal. Donc je leur ai signalé, je ne sais pas si ça va changer, mais c’est très préoccupant de voir ce genre de chose. Puisque ça ne montre pas l’exemple, au-delà du fait que ce n’est pas accessible.

 

Natacha [00:44:59]

Effectivement, la première chose qui me vient en tête, [c’est que l’] on a de plus en plus de contenus vidéo qui circulent.

Outre le fait que ce n’est pas le plus écologique, mais bon, ce n’est pas le débat aujourd’hui, c’est vrai qu’ils ne sont pas toujours très accessibles.

Tout simplement parce que généralement, il n’y a pas de sous-titres. Que ce soit sur YouTube, mais également sur Instagram.

Et ces contenus-là sans sous-titres, même pour nous, à un moment donné, si on est en train de regarder du contenu, on est dans les transports, on a beaucoup de bruit autour, on ne va pas forcément avoir accès à ce contenu s’il n’y a pas de sous-titres.

Donc effectivement, là, on va dire [que] c’est vraiment très situationnel et c’est pas le plus dommageable des cas. Mais voilà, c’est juste pour montrer un bon exemple que ça touche un petit peu tout le monde. L’accessibilité, pour aller un petit peu plus loin… Voilà, une personne qui est malentendante, sans les sous-titres, elle n’aura pas accès à ce contenu. Jamais.

Après, je le vois de plus en plus, la plupart des créateurs [et créatrices] de contenus mettent des sous-titres. Après, c’est vrai que c’est des créateurs [et créatrices] de contenus qui sont déjà engagés par ailleurs.

Le but, c’est justement que les entreprises aient aussi ce réflexe de toujours mettre des sous-titres. Et finalement, que tous les contenus avec vidéo soient avec des sous-titres. Après ça peut [aller] un peu plus loin, et on en parlait juste avant, c’est faire attention avec le contraste des visuels qui sont postés.

Faire attention avec les clichés, les stéréotypes qu’on peut avoir.

Parce que finalement, c’est vrai que tout ce qu’on partage sur les réseaux sociaux, ça a un impact. Petit ou grand. Il y aura quelqu’un qui va le lire derrière.

Donc voilà, c’est vraiment faire attention à tous ces éléments-là.

 

Lili [00:46:50]

C’est déjà un très bon début de penser à tout ça.

On sait que les contenus vidéo sont de plus en plus récurrents. Les algorithmes des plateformes sociales en sont friands et les producteurs [et productrices] de contenu l’ont bien compris.

On voit d’ailleurs de nouvelles fonctionnalités émerger, comme les sous-titres automatiques sur Instagram.

Mais est-ce vraiment suffisant ?

Julie souligne qu’on peut malgré tout aller plus loin avec ce type de format.

 

Julie [00:47:14]

Donc, on va avoir aussi les vidéos, pour rester dans la thématique du multimédia.

On a les vidéos qui doivent être sous-titrées, pour que les personnes sourdes ou malentendantes puissent avoir accès aux contenus.

Mais ce qu’on oublie toujours avec les vidéos, c’est que souvent…

Il y a un Brut qui fait beaucoup ça, des vidéos avec du texte dedans, et, en fait, ce texte n’est pas lu à l’oral. Donc, il est juste écrit.

Alors très bien pour les personnes sourdes ou malentendantes ou les personnes qui coupent le son, etc.

Super vous allez avoir l’info !

Et les personnes aveugles, on y pense ?

Parce que ce texte écrit sur la vidéo, elles n’y ont pas accès du coup. Ça, c’est toujours oublié, et c’est une catastrophe.

 

Lili [00:48:07]

Aller plus loin dans la diversification de ses contenus, c’est important.

Mais atteindre ses objectifs de croissance, c’est aussi fondamental.

Et si on pouvait allier les deux en répondant aux problématiques d’accessibilité et d’inclusion ? Nicolas nous partage sa vision sur les usages des plateformes sociales.

 

Nicolas [00:48:25]

Sur les réseaux sociaux, c’est pareil.

Évidemment, il y a des réseaux sociaux que je n’utilise pas pour la simple et bonne raison que ça n’a aucun intérêt.

Vous voyez Snapchat ? Bah moi je ne l’utilise pas, ça ne sert à rien, pour moi en tout cas.

Je me suis mis à Instagram, mais j’ai encore un peu de mal, parce que j’ai une amie journaliste aux Etats-Unis qui est non-voyante et qui fait des contenus absolument extraordinaires sur Instagram.

Mais au-delà de ça, il faut aussi se poser la question de la cible.

Encore une fois, moi, je suis essentiellement en BtoB. Donc je communique quasiment exclusivement sur LinkedIn parce que ça a du sens.

Par exemple, pour communiquer avec son réseau, il y a aujourd’hui encore beaucoup de gens qui, quand je leur envoie un message vocal sur LinkedIn, ne savent pas comment me répondre.

Et c’est là où on change de paradigme.

Et c’est là où c’est intéressant de dire que, finalement « vous voyez, vous avez aussi des choses à apprendre des personnes à besoins spécifiques, qui finalement sont allées chercher, sont allées creuser pour trouver une solution ».

 

Lili [00:49:29]

Nicolas a également souligné le potentiel des technologies connues de toutes et tous, mais aussi la possibilité de créer des plateformes innovantes.

 

Nicolas [00:49:37]

Et c’est pour ça que la question de l’innovation est très, très importante !

Parce qu’on oublie que la télécommande, que le mode vibreur de nos téléphones, eh bien ça a été inventé par des personnes en situation de handicap, pour des personnes en situation de handicap, et que finalement, tout le monde [les] utilise.

 

La communication accessible et inclusive – focus Écriture inclusive

Lili [00:49:52]

Aujourd’hui, un autre enjeu important est celui de l’écriture inclusive.

Cette solution d’inclusion est discutée par beaucoup, et souvent remise en question.

Il est important de rappeler qu’on peut écrire inclusif [inclusive] et accessible. Évidemment, on n’est pas les seules à le dire.

Fernando rappelle que tout dépend de la forme d’écriture inclusive employée.

 

Fernando [00:50:13]

Alors ça, c’est un grand débat l’écriture inclusive en matière d’accessibilité numérique. Notamment parce que je pense que par moment, on a été instrumentalisés [et instrumentalisées] pour nous faire dire que… alors que l’on est capable de s’exprimer tout seul.

Mais en tout cas, certaines âmes, sans doute animées de bonnes intentions, peut-être, nous ont fait dire : « ouhlala, mais l’écriture inclusive n’est pas accessible. Il faut pas faire ça ! »

En réalité, le propos, il est beaucoup plus à nuancer.

Alors je ne vais pas revenir, moi, sur l’écriture inclusive, ce qu’on en pense, les uns les autres. Voilà, on sait que le débat traverse toute la société.

On peut avoir des appréciations très, très différentes.

Certains [et certaines] sont pour et d’autres sont contre. Moi, je vous propose de traiter la chose uniquement sous l’angle de l’écriture inclusive et accessibilité numérique.

Rappeler que l’écriture inclusive, ce n’est pas, contrairement à ce qu’on a voulu nous faire croire, quand on a voulu, pour certains [et certaines], se positionner contre l’écriture inclusive.

L’écriture inclusive, ce n’est pas qu’une forme avec des points médians, avec une graphie qui va être en rupture.

On a différents types d’écriture inclusive.

On a une écriture épicène, par exemple, on va chercher des termes qui vont aussi bien au féminin ou au masculin et qui, du coup, évidemment, ne posent aucune espèce de problème d’accessibilité numérique.

Puisqu’en fait, si je lis : « les bénévoles, les volontaires », ça ne dit pas si ce sont des hommes ou des femmes.

Enfin c’est un mot qui va pour le féminin, pour le masculin. Et en termes d’accessibilité numérique, avec un lecteur d’écran et une synthèse vocale, ça ne pose aucun problème.

Donc, rappeler ça. Rappeler que l’écriture inclusive et l’accessibilité numérique, c’est pas une opposition à l’écriture inclusive en tant que telle.

C’est plus : quelles sont les difficultés qu’on peut rencontrer quand on utilise des aides techniques et qu’on a besoin d’accessibilité numérique, au moment où on rencontre certaines formes d’écriture ?

Et pour aller sur ces formes d’écriture inclusive qui nous posent problème…

Alors oui, effectivement, c’est vrai que quand on a des formes [non accessibles], on va avoir des points médians avec des « e.e.s », etc.

Alors là, il faut comprendre que si on a une synthèse vocale active avec un lecteur d’écran, ça va rendre le texte extrêmement difficile à interpréter. Parce que la synthèse vocale va faire ce qu’elle voit, c’est-à-dire qu’elle va restituer des coupures de mots là où il y a des points, avec des séquences du type, je ne sais pas, les « oublié point e point s de l’accessibilité numérique », pour les oublié.e.s de l’accessibilité numérique par exemple.

Donc c’est plutôt ça le problème que nous pose ce type particulier d’écriture inclusive.

Après, si vous voulez en savoir plus, je vous recommande la lecture passionnante des travaux de Julie Moynat sur son blog lalutineduweb.fr, où elle a fait un travail remarquable que je cite régulièrement et qui est beaucoup plus exhaustif que ce que je vous propose là en quelques minutes.

 

Lili [00:53:59]

Ça tombe bien parce qu’on l’a directement interrogée sur le sujet.

Julie, alias la lutine du web, nous explique pourquoi c’est important d’utiliser l’écriture inclusive et quelles sont ses recommandations.

 

Julie [00:54:11]

Il y a beaucoup de choses à en dire, mais je ne vais pas refaire la conférence que j’ai donnée l’année dernière sur le sujet.

Pour moi, l’écriture inclusive, c’est une nécessité parce qu’on a besoin que la langue reflète la réalité.

La règle du masculin qui l’emporte sur le féminin n’a juste aucun sens et n’est pas logique. Et elle a été inventée au 17e siècle. Avant, elle n’existait pas.

Depuis toujours, les femmes et les personnes non-binaires doivent être représentées dans nos paroles et dans nos écrits.

Il nous faut des façons de faire qui le permettent. Mais par contre, moi, je parle d’écriture inclusive, là.

La plupart des gens parlent d’écriture inclusive, juste pour parler des abréviations inclusives. Donc quand on utilise le point médian ou un autre caractère.

Ça rend des conversations parfois totalement incompréhensibles, parce qu’on n’est même pas d’accord sur ce que c’est l’écriture inclusive.

Mais on peut écrire de façon inclusive de plein de façons différentes.

Et les abréviations inclusives, en fait, on devrait les utiliser avec parcimonie. Même le moins possible.

De la même façon qu’on écrit en langage SMS le moins possible, parce que ce n’est pas toujours compréhensible. Pour les abréviations, c’est pareil.

Aujourd’hui, on a des personnes qui rencontrent de réelles difficultés à lire ces mots abrégés, parce qu’elles ne savent pas comment lire à l’écrit, ou ça les fait buter sur les mots.

Je ne parle pas des gens qui trollent et qui veulent rester à l’âge de pierre sur ces questions-là. C’est pas ça. Ce sont vraiment des personnes qui ont de vraies difficultés de lecture. Et je pense qu’il faut entendre ça et qu’il faut comprendre.

Et du coup, décomposer les termes ou utiliser des formulations épicènes vont nous permettre de nous affranchir du genre des personnes. Et du coup, on n’a pas de point médian. Et on évite aussi les polémiques complètement futiles sur le sujet.

 

Lili [00:56:38]

La réflexion de Julie nous a beaucoup inspirées dans l’élaboration de notre propre charte d’écriture inclusive, qui est disponible sur notre blog.

 

La communication accessible et inclusive – focus stratégie

Finalement, comme nous, vous pouvez considérer l’accessibilité comme un formidable challenge.

Et parfois même comme un challenge de taille lorsqu’on est face à un référentiel comme le RGAA. Ça peut nous paraître insurmontable, mais ce n’est pas impossible. Il faut se lancer et essayer.

Parfois, ça suppose aussi de revoir ses objectifs marketing, comme nous l’expose Julie.

 

Julie [00:57:08]

Évidemment, faire accessible, ça demande plus de temps et plus de rigueur.

Effectivement, le RGAA n’est pas forcément limpide pour n’importe qui, surtout quand on est pas formés [ou formées].

Mais du coup, quand on a reçu une bonne formation, que l’on applique ça au quotidien. On a des habitudes qui se mettent en place. Et puis forcément, après on va plus vite et donc ça prend moins de temps.

Donc ça se fait, mais ça prendra toujours un peu plus de temps. Parce qu’il y a des problématiques qui sont forcément un peu plus complexes, quand on veut rendre certains composants accessibles.

Mais j’ai envie de dire par rapport aux objectifs marketing de croissance que si ces objectifs excluent une partie de la population et la discriminent, est-ce que, finalement, ce ne sont pas ces objectifs qu’il faudrait revoir ?

 

Lili [00:58:07]

Julie reconnaît également que cette démarche nécessaire peut parfois être très chronophage.

 

Julie [00:58:13]

Finalement, il faut faire du meilleur travail. Donc du meilleur travail, forcément ça demande plus de temps dans la réalisation.

 

Lili [00:58:18]

Il est important de garder en tête qu’il y a des solutions pour gravir cette montagne qu’est l’accessibilité.

Optimiser ses pratiques vous fera gagner du temps par la suite. Vous connaissez la chanson.

L’idée, c’est d’entamer une démarche petit à petit, étape par étape, comme nous le conseille Nicolas.

 

Nicolas [00:58:34]

Vous regardez aujourd’hui la réglementation française ou européenne.

Vous prenez les éléments qu’on nous donne de manière globale. Pour un grand groupe, la question peut évidemment être différente. Mais je me mets à la place d’une TPE ou PME, d’une structure à taille humaine.

Je mets au défi qui que ce soit d’arriver à comprendre l’intégralité de ce référentiel, et en tout cas, des éléments qui nous sont fournis pour arriver à faire quelque chose, en passant du tout au tout.

Je suis assez d’accord avec le fait de travailler de manière progressive.

En disant « on va commencer par là. Aujourd’hui, notre chantier, ça va être le site Internet, donc on va bosser à fond sur le site Internet pour être reconnu comme un acteur avec un site Internet inclusif ».

Si, à côté de ça, il y a d’autres chantiers à mener de front, en même temps, il vaut mieux se dire qu’on va faire ça sur la première année.

Et puis, les autorités qui contrôlent, qui régulent, en théorie en tout cas, ne vont pas vous jeter la pierre. À partir du moment que vous avez démontré qu’il y a eu une démarche initiée.

Même si vous avez le label bronze du RGAA, on va pas vous dire : « bah attendez, ça fait 5 ans que vous bossez dessus, vous êtes pas encore arrivés [ou arrivées] à l’or ? ».

Non ! Tant qu’on arrive à démontrer par A+B qu’on a initié quelque chose et que OK, on n’est pas bons sur le site internet, mais que, à côté de ça, on a développé d’autres manières d’échanger avec nos clients et de communiquer, eh bien moi, limite, je préfère ça plutôt que quelqu’un qui soit « or », et puis qui dise « bah c’est bon tout roule, tout va bien. A côté de ça, je ne fais plus rien, parce que je suis dans les clous de la loi. »

 

Marine [01:00:36]

Complètement d’accord. Ça s’apparente un peu au greenwashing, dans le sens où « je le fais juste pour avoir une bonne image, mais sans avoir derrière une réelle volonté de faire bien ».

 

Nicolas [01:00:44]

C’est ça, en fait.

C’est que, moi, je le dis souvent comme ça. C’est-à-dire qu’il y a ce côté réglementaire.

Vous avez aujourd’hui la liste des acteurs [et actrices] qui sont référencés. Il n’y a aucun problème. Maintenant, ce ne sont pas forcément ceux (attention, je ne dis pas qu’ils ne le sont pas) qui font le plus.

C’est juste ceux qui, à un moment donné, se sont saisis du sujet en disant « la loi nous a dit de [le faire], donc on le fait ». Maintenant, on sait très bien que… En plus, ils ont compris probablement aussi ces acteurs-là que, des acteurs comme Google, par exemple, vont optimiser le référencement, aujourd’hui, des sites qui sont accessibles. En tout cas qui sont ergonomiques. Tout comme ils vont peut-être le faire sur le côté « mon site Internet peut être consultable via un smartphone ».

De la même manière, chez Google, ils vont intégrer des paramètres pour justement optimiser le référencement des sites accessibles. Ça, c’est un levier. Quand on voit que certaines boîtes dépensent des milliers d’euros en référencement…

Bah oui, ça peut être un argument de plus.

 

Lili [01:01:49]

Chloé rejoint cet avis.

Elle nous donne des conseils pour être plus à l’aise et optimiser ses efforts.

 

Chloé [01:01:55]

Alors je ne peux qu’inviter les personnes qui nous écoutent à se référer aux référentiels qui existent.

Donc les WCAG, le RGAA.

Après ce qu’on peut constater assez souvent, c’est que, quand on prend le RGAA, on peut avoir l’impression d’avoir une énorme montagne à gravir. Il faut savoir qu’il y a des solutions intermédiaires.

Évidemment, on sait bien qu’on ne va pas pouvoir appliquer d’un coup, comme ça, tout le RGAA. Ce serait trop compliqué.

Moi ce que je conseille plutôt, c’est déjà, première chose, de se sensibiliser au sujet.

Ça, c’est la première étape. Déjà, avoir conscience de l’ensemble des contextes d’utilisation de l’outil numérique, des sites web, des applications mobiles.

Comment les gens font pour naviguer ? Voilà tout simplement.

Moi ça m’arrive souvent quand je présente les lecteurs d’écran en sensibilisation, à des personnes, et bien je me retrouve souvent avec des gens qui ne connaissent même pas. Donc rien que le fait de savoir que ça existe, c’est déjà un premier, très bon pas.

Deuxième chose, il y a des formations qui existent.

Donc des formations en présentiel, des formations à distance. Donc, là aussi, c’est déjà une bonne chose que de venir se former pour ensuite se dire qu’il y a des choses que je vais pouvoir appliquer à mon quotidien. Il y a peut-être des choses qu’on va appliquer, des critères, des règles d’accessibilité, d’assurance qualité qu’on va pouvoir appliquer plus rapidement.

Un exemple tout simple quand on a rédigé du contenu, le fait de mettre les accents sur les lettres majuscules.

Bon, ça, c’est pas quelque chose qui est compliqué à faire. Ce n’est pas quelque chose de technique. C’est quelque chose qu’on peut mettre en place facilement. Et pour autant, ça va avoir un gros impact sur l’accessibilité. Notamment pour toutes les personnes qui auraient des handicaps cognitifs. Ou pour toutes les personnes qui utiliseraient un lecteur d’écran. Puisque le fait d’avoir un accent ou pas sur les lettres majuscules, ça peut changer totalement le sens d’une phrase.

Par exemple, « il mange des biscuits sales » ou « il mange des biscuits salés », ça n’a pas tout à fait le même sens.

C’est une règle qui est simple. Pourtant, ça va aider beaucoup d’utilisateurs.

Une fois qu’on s’est formé [et formée], on va pouvoir identifier ces règles simples, à mettre en place assez facilement, et qui vont améliorer le quotidien de beaucoup de gens.

Et une fois que dans notre quotidien de professionnel [ou professionnelle], on aura mis en place toutes ces règles faciles, eh bien, on pourra aller sur des règles un peu plus complexes. Et au fur et à mesure, intégrer l’accessibilité dans notre quotidien.

Et une deuxième chose aussi, c’est, tout au long de la vie du site, bien penser à l’accessibilité, à l’inclusion. À continuer ces démarches, parce que ce n’est pas parce qu’on publie un site à un moment T, que sa vie est terminée. Bien au contraire. Il va se passer tout un tas de choses après.

Il y a tout un tas de contenus qui vont être mis en ligne régulièrement, il va y avoir des refontes, etc. Donc pendant toute cette vie du site, c’est important de penser à l’accessibilité.

C’est important de penser à l’assurance qualité et à l’inclusion en général.

Et enfin, une fois qu’on a fait tout ça, on peut se faire accompagner. Il y a des consultants [et consultantes] en accessibilité numérique et en inclusion. Ils sont là pour accompagner les professionnels [et professionnelles].

Une chose très importante, c’est de venir nous voir le plus tôt possible.

Je sais que j’aime beaucoup déjà participer en amont du projet, directement dans la discussion commerciale, par exemple. Ou si ce n’est pas possible, faire élaborer le cahier des charges avec le [ou la] chef de projet. Parce que plus on prend tôt ces sujets-là, plus on intègre ces sujets-là tôt dans le projet, mieux on va pouvoir intégrer l’accessibilité et ça va être beaucoup plus fluide.

Nos projets au final, les productions que l’on fera, seront beaucoup plus accessibles, beaucoup plus inclusives. Et surtout, les équipes vont avoir beaucoup plus de facilités quand elles sont accompagnées à mettre en place des choses. Et pour tout ce qui est complexe, du coup, elles se sentiront moins seules et auront plus de facilités forcément à le mettre en place.

 

Lili [01:06:26]

Pour Julie, une dimension très importante pour optimiser ses pratiques de communication vers plus d’accessibilité, c’est de prendre en compte les retours des personnes concernées.

 

Julie [01:06:36]

Si on se cantonne à l’accessibilité, de toute façon, il faudra forcément commencer par respecter les règles d’accessibilité. Et donc, pour ça, il faut les connaître.

Donc il faut se former. Et on va écouter les personnes concernées aussi.

Que ce soit d’ailleurs côté accessibilité, ou autre sujet, côté inclusion. Il faut toujours que l’on écoute les personnes concernées.

Ce qu’elles ont à dire est vraiment important. On va prendre en compte leur retour sans les juger. On n’a pas à juger des personnes qui n’arrivent pas à commander sur un site de commerce, parce qu’il n’est pas accessible, par exemple. On va plutôt juger le site qui ne fait pas ce qu’il faut, que la personne qui n’y arrive pas.

Ce n’est pas sa faute.

 

Lili [01:07:20]

Et puis, il existe également plein d’outils pour vous aider.

Julie nous donne quelques exemples.

 

Julie [01:07:25]

Il y en a qui sont spécialisés.

Par exemple, [des outils] qui vont permettre uniquement de tester les contrastes de couleurs. Il y en a qui sont un peu plus génériques.

Par exemple, il y a un outil qui s’appelle Axe. C’est une extension de navigateur et elle va permettre de tester automatiquement certains critères. Alors par contre elle est en anglais. Donc c’est basé sur la norme internationale, dont je n’ai pas dit le nom. C’est les WCAG, pour Web Content Accessibility Guidelines.

L’inconvénient des outils de test automatisés, c’est que des fois, on nous dit « tiens, il y a une erreur », alors qu’en fait il n’y en a pas. C’est juste que l’outil n’a pas réussi à analyser correctement.

Et puis, il faut aussi comprendre les retours qui sont transmis par l’outil. Ce qui n’est pas forcément évident, surtout si on n’est pas formé [ou formée]. Parfois on comprend le retour, mais on ne sait pas forcément ce qu’il faut faire pour corriger. Donc ce n’est pas forcément facile d’accès quand on débute dans l’accessibilité. Ça dépend des outils. Il y en a qui vont être parfois un peu plus clairs que d’autres.

Il y a un logiciel qui est très bien, qui s’appelle Color Contrast Analyzer, qui, avec une pipette, permet d’aller chercher la couleur de fond et la couleur du texte. Et du coup, on va nous dire si le ratio est bon ou pas. Et c’est du coup assez simple de voir comme ça, si on est dans les clous, ou pas.

Mais oui, on peut mettre un fond opaque, maintenant il faut quand même vérifier le contraste. Parce que ce n’est pas forcément tous les fonds opaques qui vont forcément être conformes.

Il faut toujours vérifier quoi.

 

Lili [01:09:11]

Pour retrouver encore plus d’outils, Julie a créé un super wiki qui référence ses trouvailles, disponible sur son blog. Retrouvez le lien dans la retranscription. Ou encore sur nos réseaux sociaux.

 

conclusion

Lili [01:09:37]

Le podcast touche à sa fin.

Merci à nos intervenants et intervenantes d’y avoir participé et de nous avoir éclairées sur les leviers et les solutions pour rendre le web plus accessible et inclusif.

Des solutions, il en existe tout un tas, comme on a pu le voir.

La hiérarchisation de vos contenus avec des titres bien pensés, une mise en forme bien faite, une navigation bien construite, sans parler des ratios de couleurs, des alternatives pour les images ou encore des liens explicites.

Bref, vous avez de quoi piocher dans ce podcast pour commencer à communiquer de manière accessible.

Evidemment, ce n’est pas tout.

Il y a les référentiels de l’accessibilité et leurs nombreux critères à suivre.

En tout cas, c’est déjà bien de faire un premier pas.

Dans le prochain et dernier épisode de notre série sur l’accessibilité numérique, on vous raconte à quoi ressemble notre premier pas. On vous livre aussi les conseils essentiels de nos experts et expertes pour vous lancer sereinement dans votre propre démarche.

D’ici là, restez connectés [et connectées]. Merci beaucoup !

Et la suite ? 

Retrouvez le cinquième et dernier épisode de cette série : la concrétisation de cette enquête dans notre agence.

Parce qu’on ne mène pas une enquête dans le vent. On fait ce qu’on dit. De quoi vous inspirer, on l’espère, pour passer à l’action à votre tour !

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